« La Parade » : un film intelligent et d’actualité

4 Fév

La Parade

Nouvelle virée ciné avec mon ami G la semaine dernière (ouais, je suis méga à la bourre pour les reviews). Le film, cette fois, a été porté à notre connaissance par le plus grand des hasards, en l’occurrence la diffusion de sa bande annonce sur les écrans de la cafet’ à l’UGC des Halles. Des barres de rire plus tard, on s’était dit qu’il fallait qu’on aille voir cet OVNI.

Il est sorti voilà seulement 2-3 semaines, mais ne passe déjà pratiquement plus que dans des petites salles et risque de ne pas rester à l’affiche encore bien longtemps.

Et c’est dommage.

Parce que ce film aux allures de grosse farce made in Europe de l’Est a non seulement une portée universelle, mais est furieusement d’actualité, y compris (et surtout) chez nous alors que des débats houleux ont commencé à l’Assemblée autour du mariage pour tous.

Le pitch en quelques mots : un ancien criminel de guerre Serbe se voit, par un hilarant concours de circonstances, chargé de la sécurité de la première GayPride de Belgrade. Hétéro, macho convaincu, qui ne semble avoir d’affection que pour son molosse Susucre, sa bimbo ‘Perle’ et son skinhead de fils, Lemon le warrior ne se laisse pas convaincre si facilement et il faut une pression de toutes parts pour qu’il s’embarque avec le vétérinaire Radmilo, gay bien évidemment, dans une petite voiture (un pot de yaourt ?) rose bonbon à la recherche de ses anciens ennemis en Croatie, au Kosovo, en Bosnie, en Albanie… tous des durs à cuire à la moralité plus que douteuse.

L’histoire, hautement improbable, fonctionne grâce à l’humour qui n’est jamais bien loin, le second degré lui aussi omniprésent, et l’excellent jeu des acteurs, à commencer par Nikola Kojo qui interprète Lemon, notre brute épaisse au cœur tendre.

La première partie du film sert de mise en place au récit : on comprend que tous les destins des personnages sont interconnectés, on s’attache à eux même s’ils sont tous des stéréotypes plus ou moins à baffer. Certains trouveront peut-être cette première partie longuette, mais perso pas vu le temps passer entre deux éclats de rire. Au passage, le scénario présente la souffrance des gays dans un pays qui ne reconnaît pas leurs droits fondamentaux. Face à la haine, aux agressions, le découragement des organisateurs de cette GayPride ne se comprend que trop bien, hélas… Le personnage de Mirko (Goran Jevtic, émouvant comme c’est pas permis), petit ami du vétérinaire et organisateur du mariage de Lemon avec sa Perle, concentre toutes ces thématiques dures dans un film au ton volontairement léger par ailleurs.

La partie centrale du film, où nos deux improbables compères, le vétérinaire gay et le macho brutal, vont chercher les anciens ennemis/potes de celui-ci, donne lieu au comique de situation qui était au cœur de la bande annonce. Au passage, on égratigne un peu l’ONU, l’hypocrisie des démocraties occidentales et on écorne méchamment les clichés relatifs aux haines entre les différentes communautés, ‘irréconciliables’, de cette région du globe. Du caviar.

La fin tranche volontairement avec le reste du film, et elle nous a carrément séchés sur place avec G. Elle remet au premier plan ce qui était en filigrane dans le reste du récit, quoique détourné avec un humour potache et pas vraiment subtil : les homosexuels ne sont pas les bienvenus en Serbie. Ils ne peuvent pas sortir du placard, ils ne peuvent pas marcher la tête droite dans la rue et assumer leur différence sans prendre de risques pour leur sécurité.

Cette réalité m’a chamboulée. En France, on entend des propos révoltants, calamiteux de haine et d’ignorance depuis des mois, mais les homosexuels ont leur GayPride, peuvent sortir du placard dans certaines circonstances (mais pas encore ouvertement partout, en particulier dans le monde du travail), et vont, j’espère, obtenir le droit de se marier, d’adopter, d’hériter, etc…

Ayant participé à chaque manifestation en faveur du mariage pour tous, solidaire de cette cause que je juge juste, de cette loi si décriée que j’estime républicaine, je me disais que nous avions encore beaucoup de chemin à faire en France. Apparemment, il est bien plus long dans d’autres pays d’Europe (et que dire du reste du monde ?). Ça fait réfléchir.

Et il paraît évident que c’était le but recherché par le réalisateur Srdjan Dragojevic : nous faire réfléchir sans nous faire culpabiliser. Sans jamais tomber dans le discours pompeux, ni la morale bien pensante ou libérale, sans jamais prendre son spectateur pour un idiot, il semble poser cette simple question :

« Si ces brutes épaisses, ces criminels de guerre bourrés de préjugés au départ, ont changé radicalement de regard sur la cause homosexuelle et sur les homosexuels en tant que personnes, pourquoi pas le reste d’entre nous ? »

 

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