« Django Unchained » : Tarantino déchaîné !

18 Jan

Ouais, OK, le jeu de mot est facile et déjà tenté dans de nombreuses reviews. Il faut m’excuser, je n’ai pas encore fini de rassembler mes neurones après la claque « Django ». Fan du cinéma de Quentin, j’ai bien sûr craqué et me suis précipitée aux Halles après le travail en ce mercredi 16 janvier, jour de sortie du dernier-né du réalisateur dingo.

Django Unchained Jamie Foxx

Teasers, bandes annonces survoltées, anticipation montée à son maximum : l’opération marketing a battu son plein ces derniers mois. Comme si la sortie d’un nouveau film de Tarantino pouvait passer inaperçue même sans tout ce battage médiatique. Réalisateur devenu culte pour toute une génération (la mienne, en l’occurrence, devenue ado dans les années 1990 avec Reservoir Dogs et Pulp Fiction), Tarantino n’a cessé de revisiter et de se réapproprier des genres cinématographiques parfois passés de mode (la Blaxploitation avec le magnifique Jackie Brown), très tendance (le film de baston/kung fu avec Kill Bill). Il s’attaque cette fois-ci au western spaghetti qui a bercé son enfance (et la mienne). Hormis les Bud Spencer et Terrence Hill (dont on retrouve une forme d’humour potache parfois dans Django), je me souviens surtout des films de Sergio Leone ou avec Clint Eastwood, que mon grand-père m’emmenait voir à notre cinéma de quartier (transformé depuis belle lurette en bazar). Et c’est peut-être aussi pourquoi, parmi une multitude d’excellentes raisons, j’aime le cinéma de Tarantino : je m’y retrouve, il fait appel à mes propres références ciné. Le psycho Quentin a une culture ciné et musicale bien plus étendue que la mienne (et que la plupart des gens sur cette planète), et ça fait aussi partie de sa magie (noire ou blanche, à toi de choisir) : il imagine toujours quelle musique va aller avec quelle scène, comment tourner tel plan pour coller au rythme de telle chanson. Il s’est expliqué en détail sur sa démarche, que je trouve géniale. Certains passages de ses films sont presque des ballets (l’arrivée au resto d’O-Ren Ishii et de sa garde rapprochée dans Kill Bill, ça te dit quelque chose ?).

Django Unchained Christoph Waltz

Bref, je ne pouvais pas attendre 1 journée de plus pour me précipiter au cinéma découvrir Django Unchained, dans une salle archi-comble (bien fait de réserver ma place le matin) et aussi impatiente que moi.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on en a tous pris plein les yeux… et les oreilles, car la BO est canon, comme d’habitude.

Quentin nous balance en pleine face la question de l’esclavage aux USA, sujet tabou du cinéma US, mais pas que. Il aborde, sans langue de bois, un des phénomènes les plus monstrueux de l’histoire des USA, outre le génocide des Amérindiens. Il les a d’ailleurs rapprochés dans une des nombreuses interviews ayant accompagné la sortie de Django. Comme beaucoup (Noirs ou pas), j’appréhendais le traitement de l’esclavage proposé par Quentin, même si les accusations de Spike Lee me semblaient en totale opposition avec ce que l’on sait ou devine de Tarantino par ailleurs. Laisse-moi te dire : ce mec n’est définitivement pas raciste. Le regard qu’il porte sur la monstruosité de l’esclavage, il le donne à un de ses personnages principaux : le Dr King Schultz, interprété de façon magistrale par Christoph Waltz. Une fois encore, l’acteur autrichien nous sidère par son talent, et il a bien mérité son Golden Globe. Schultz, c’est Quentin, son écœurement face à des siècles de barbarie et d’injustice envers les Noirs. Allait-il enrober son propos dans du sucre glace pour mieux faire passer la gélule ? Ce serait mal le connaître. Au contraire, il y va franchement, multipliant les scènes ‘choc’ de maltraitance faites aux esclaves dans le Mississippi de 1858. Il y a de grandes chances que des événements de ce type se soient produits, alors pourquoi ne pas les évoquer une bonne fois pour toutes ? Pourquoi la vie des esclaves dans l’Antiquité a-t-elle fait l’objet de tant de films et séries TV, avec des approches souvent ultra-réalistes et violentes dans les dernières productions (Spartacus), mais jamais celle des Noirs en Amérique ? À partir du moment où une certaine ethnie ou classe sociale peut en contrôler une autre en toute impunité, que croit-on qu’il se passe ? La même chose que dans l’Empire romain, la même chose qu’aux États-Unis, ou dans nos colonies françaises avant l’abolition de 1848, ou encore dans l’ancienne Russie avant celle du servage (1861) : les pires atrocités, l’expression de l’horreur absolue dont l’humanité est capable quand le vernis de la civilisation ne s’étend pas aux populations opprimées ou qu’il craque tout à fait (guerres civiles).

Ce qu’il a toujours manqué pour oser évoquer franchement et sans prendre de pincettes la question de l’esclavage aux USA, c’est du recul. Avec l’Antiquité, c’est plus facile : c’était il y a longtemps, l’Empire romain n’existe plus depuis des lustres. Mais l’Amérique d’aujourd’hui s’est forgée dans celle du XIXe siècle, dans l’horreur de la Guerre de Sécession. Elle fait toujours face à de gros problèmes de racisme et de mépris envers les ‘minorités’. Le KKK est toujours une réalité dans certains états du Sud, la ségrégation n’est pas si ancienne, les combats de Martin Luther King ou de Malcom X non plus. L’élection d’Obama n’a pas tout arrangé ou effacé comme par magie.

Je trouve très courageux de la part de Tarantino d’avoir attrapé le sujet de l’esclavage à bras-le-corps, d’en avoir fait le thème central de son film. Et en même temps, cela ne m’étonne pas qu’il l’ait fait.

Non, il ne fait pas l’apologie du racisme, quel que soit le nombre de fois où il emploie le terme nigga (nègre) dans Django Unchained (ou dans ses films précédents). Oui, il dénonce ces horreurs d’un passé récent et encore très douloureux. Et il ne tombe jamais dans la facilité pour le faire, allant jusqu’à évoquer ces Noirs qui exploitaient ou maltraitaient les autres Noirs au profit des Blancs : le personnage de Samuel L. Jackson est à ce titre incroyablement bien écrit (et interprété). Le plus pourri de l’histoire, je me demande si ce n’est pas ce vieux salaud de collabo, en fin de compte.

Django Unchained Samuel L Jackson

Mais laissons ces considérations ‘politiques’. D’un point de vue artistique, c’est du très grand cinéma. Les références sont quasi innombrables, les scènes hyper bien pensées et construites, l’humour noir (désolée de ce mauvais jeu de mots, mais c’est le terme qui convient) fait mouche. L’humour est surtout dû aux personnages de Samuel L. Jackson et Christoph Waltz. Le Dr Schultz est à la fois cabotin, implacable et humaniste. Sa façon alambiquée et lettrée de parler engendre certaines des meilleurs répliques du film et moult fous rires. Pour moi, c’est ce personnage qui fait le film et lui donne sa part d’humanité, car Django l’esclave affranchi, s’il affirme son égalité avec les Blancs tout au long du film (il est bon cavalier, un grand pistolero), voit sa soif de vengeance et le désir ultime de sauver sa femme le pousser, avec l’encouragement de Shultz, dans une certaine mesure, à observer sans sourciller les atrocités commises envers d’autres Noirs. Cela m’a un peu gênée dans le personnage de Django, même si le réalisateur nous montre avec beaucoup d’intelligence d’où il vient et quels choix impossibles il doit faire pour atteindre son but. J’ai trouvé que Jamie Foxx se faisait un peu (beaucoup) éclipser par son partenaire Christoph Waltz. Django est un archétype, un rôle classique de héros qui cherche à se venger et emprunte pour cela des chemins plus que discutables, mais le Dr Schultz est un OVNI : on ne peut pas le résumer au comic-relief du film, ni au sidekick, ni à l’image paternelle qui sert un peu de guide à son protégé, ni à un mentor qui l’entraîne façon Maître Yoda. Schultz est un peu tout ça mais il est surtout un personnage à part entière, en dehors de sa relation à Django. Bon, OK, j’arrête avec mon personnage préféré…

Django Unchained Leonardo

Je piaffais en attendant de découvrir la prestation de Leonardo di Caprio en grand méchant. Dans les bandes annonces, il a l’air très policé, mais on devine déjà le sadique derrière la façade de l’homme affable du Sud. Et quel sadique ! Leo est impeccable dans son rôle (comme d’hab’) même si, de son propre aveu, incarner un raciste et dire certains mots comme nigga lui ont posé problème. Le reste du casting est à la hauteur, mais ce sont ces quatre hommes, Waltz, Foxx, Samuel et di Caprio, qui nous emportent dans l’histoire et nous maintiennent à cran jusqu’au spectaculaire (et inattendu) dénouement.

Rassure-toi, pas de spoiler dans cette review. Django Unchained m’a toutefois rappelé ce que j’aime aussi dans le cinéma de Tarantino : le côté imprévisible de ses scénarios. Si tu as vu Inglourious Basterds, tu vois sans doute de quoi je parle : la scène dans le bar clandestin où une partie de l’équipe joue à Amnesia avec des officiers nazis en est un bon exemple. Dans Django Unchained, mêmes surprises, mêmes ruptures de rythme. Le film dure 2h45, mais on ne les sent pas passer. À plusieurs reprises, je me suis dit : « Oh punaise, c’est la fin déjà ?!! » Et là : nouveau twist, une nouvelle explosion d’action ou de violence, et c’est reparti. Mon problème, si j’en crois ma mère car ça l’agaçait beaucoup, c’est que bien souvent je devine tout de suite qui a fait le coup et comment un film se termine. Avec les films de Tarantino, comme avec les grands mindfucks de ces dernières décennies (Usual Suspects, Le Sixième Sens, Fight Club), je me fais balader, et j’ADORE ça ! Que ce soit dans Kill Bill, Inglourious Basterds or Django Unchained, tu sais que n’importe quoi peut arriver à n’importe quel personnage. Hey ! Quentin est même assez fêlé pour dégommer son héros dans la première moitié du film ! Le fait que je n’anticipe rien du tout dans ses films me procure une joie sans borne. 

Bref, tu l’auras compris, Django Unchained est un grand Tarantino, mais surtout un grand film tout court. Si tu as le cœur pas trop mal accroché, fonce et offre-toi ce vrai plaisir de cinéma.

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2 Réponses to “« Django Unchained » : Tarantino déchaîné !”

  1. marnie101 23 janvier 2013 à 13 h 13 min #

    C’est Samuel L. Jackson cet oncle Ben’s ???? je l’avais pas reconnu dans la bande-annonce ! Et bien, il a pris un coup de vieux depuis Jackie Brown…. (bon, je sais, moi aussi 😉 Merci pour ta critique que je n’ai pas encore eu le temps de lire… le film m’attire, mais je ne sais pas si j’arriverai à caser ses 2 h 44 dans mon emploi du temps…

    • L'Orpailleuse de Paname 23 janvier 2013 à 19 h 32 min #

      Oh Marnie, case ce film dans ton agenda de ministre! Tu ne le regretteras pas!
      C’est vrai que Samuel L. Jackson à l’air vieux dans le film, mais je crois que le maquillage et les prothèses en sont davantage responsables que les années 😉

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