« The Master » : où Joaquin Phoenix renaît de ses cendres…

14 Jan

… Et entre nous, c’est pratiquement le seul intérêt du film. Après ce que beaucoup ont considéré comme un suicide artistique (I’m Still Here, documenteur sorti en 2010), il revient dans le rôle principal de The Master, Freddie Quell, vétéran de la Seconde Guerre mondiale en perdition. Il est d’ailleurs marin et chaque ‘phase’ de la vie de Freddie, telle qu’elle nous est contée dans le film, commence par un plan des remous laissés dans la mer par les hélices des bateaux sur lesquels le héros navigue. Phoenix, que j’avais apprécié dans de nombreux rôles, du méchant Commode de Gladiator au gentil Lucius du Village, en passant par le paumé Max California de 8mm et bien sûr Johnny Cash de Walk the Line. À chaque fois, une interprétation remarquable, dont on se souvient des années après… mais jamais pour les mêmes raisons ! C’est ce qui me frappe encore aujourd’hui chez Joaquin Phoenix : sa capacité à s’emparer d’un personnage, à constamment changer son apparence et sa gestuelle. Ici, Freddie est maigrissime, voûté, presque bossu… Il nous apparaît comme brûlé de l’intérieur par la rage mais aussi et surtout la boisson. Car Freddie distille des gnôles qui dégomment les neurones, faites à partir des ingrédients les plus improbables. C’est d’ailleurs par ce biais qu’il fait la connaissance du gourou Lancaster Dodd (le ‘Maître’ du titre), incarné par Philip Seymour Hoffman.

The Master Phoenix

Je ne vais pas gloser uniquement sur la prestation de Joaquin, aussi brillante soit-elle. Et c’est dommage, car tout le reste du film m’a gonflée. Ça me gonfle même d’en parler, c’est dire…

La relation entre le maître et son disciple ne m’a pas touchée, je n’y ai vu aucune réelle profondeur ni émotion. Certes, les rapports entre les deux hommes sont troubles, et on ne peut pas résumer le rôle de Freddie à celui d’un chien dévoué à son maître. C’est plus complexe que cela, bien sûr, et c’est justement cette complexité qui est au centre du propos du réalisateur Paul Thomas Anderson. Sauf que… je m’en suis fichée comme d’une guigne de la complexité de cette relation. La seule complexité qui m’a intéressée, c’est celle du psychisme de Freddie : on le croit prévisible, et il l’est à plusieurs reprises, et puis d’un seul coup PAF ! Il nous surprend. Le personnage est tout en tension, en violence latente qui ne demande qu’une étincelle pour exploser. Joaquin Phoenix rend cette tension palpable : rachitique, presque méconnaissable, agité de tics nerveux et se tenant voûté comme une mamie, il est à la fois inquiétant et touchant. Touchant parce que l’on devine, derrière cette course au sexe, à l’alcool et à la violence, une vraie cassure que Freddie n’est pas armé pour comprendre et encore moins gérer. Il m’est apparu comme une créature très instinctive, comme une bête sauvage, et c’est d’ailleurs ainsi que Joaquin déclare avoir abordé le rôle. De fait, il place Freddie en totale opposition avec Dodd, qui se présente comme un esprit éveillé, même si le vernis craque parfois pour laisser entrevoir le vrai visage de cet homme inquiétant et la profondeur de ses passions. Inquiétante aussi, l’épouse du gourou, interprétée par Amy Adams. Glaçante et glacée, Peggy Dodd semble à plusieurs reprises porter la culotte et manipuler son manipulateur de mari.

Tu l’auras compris, les acteurs principaux jouent très bien et sont la seule raison pour laquelle je me suis accrochée à l’histoire. Pour le reste, la vie dans la secte, les méthodes mises au point pour laver consciencieusement  les cerveaux de ces naïfs (mais riches) adeptes, la façon dont Lawrence le gourou essaie de dominer Freddie… Bof, Pas vraiment intéressée.

Deux scènes m’ont vraiment marquée : une explosion de violence de la part de Freddie alors qu’il se trouve en prison, et le moment où l’on voit les autres à travers son regard. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces deux passages m’ont surprise, émue ou amusée.

Si tu es déjà fan de Paul Thomas Anderson, tu aimeras sûrement ce film. Si tu es, comme moi, fan de Joaquin Phoenix, tu supporteras le tout essentiellement grâce à sa performance exceptionnelle et te réjouiras de le voir à nouveau embrasser un rôle aussi fort après son déroutant voyage intérieur dans I’m Still Here. Qui sait ?  Le mois prochain, il repartira peut-être avec la statuette tant convoitée ? Ce serait une belle revanche pour tous ceux qui estiment qu’il aurait déjà dû embarquer celle de 2005 pour Walk the Line.

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