« La Chasse » : la claque

13 Déc

La-Chasse

Tu te souviens que mon pote G et moi devions aller voir ce film voilà 2 semaines, et qu’à la place (à ma demande, je dois l’admettre), nous avions vu Les Lignes de Wellington. Finalement peu inspirés sur ce coup-là, il était impératif que nous visionnions La Chasse avant qu’elle ne soit dégagée des salles obscures par les sorties de Noël.

C’est donc avec entrain que nous nous sommes dirigés vers l’UGC Orient Express jeudi dernier. Je savais que le thème était dur, que les critiques étaient dithyrambiques ou exécrables, que l’acteur principal Mads Mikkelsen avait reçu le prix d’interprétation à Cannes, et que par moment le visionnage allait être difficile. Bref, que je risquais de me prendre une grosse claque.

C’est chose faite, et j’avoue qu’il m’a fallu plusieurs jours pour laisser décanter et me sentir prête à évoquer ce film. Est-il dur ? Oui, bien sûr. La vie d’un homme, accusé à tort d’attouchements sexuels sur une gamine, qui vire au cauchemar, ce n’est pas folichon. L’histoire est filmée avec un réalisme assumé, la dureté des traits, le grain de la peau, le froid, la tristesse de certains plans te frappent de plein fouet. La beauté des paysages de Scandinavie en automne et en hiver est d’autant plus saisissante que les événements et ce qu’ils révèlent des uns et des autres, sont d’une laideur sans borne.

On prend vite fait et cause pour le héros Lucas, mais c’est parce que le spectateur, contrairement aux personnages du film, sait qu’il n’a pas agressé cette petite fille, et que ce gros mensonge et toutes ses conséquences sont d’une profonde injustice. Il était très confortable de pouvoir s’insurger contre la guerre déclarée par toute une communauté à ce pauvre bougre, d’avoir la conscience tranquille. Avec G, on s’est fait la réflexion en sortant de la projo : et si le réalisateur Thomas Vinterberg nous avait laissés dans la même incertitude que ses personnages ? Quel malaise aurions-nous éprouvé ? Aurions-nous, comme tout le monde dans cette petite bourgade danoise, pris fait et cause pour la gamine ? Serions-nous partis du principe que les enfants ne mentent pas et aurions-nous vu Lucas comme un monstre, allant à l’encontre de tout ce qu’on pensait de lui au départ ?

La Chasse aurait été un film complètement différent si Vinterberg nous avait laissés dans ce doute affreux. Mais il faut dire que le visionnage était déjà assez dur comme ça. Il y avait longtemps qu’un film ne m’avait pas secouée à ce point-là. L’installation du drame est assez longue mais, on a beau savoir que ça va partir en sucette, on ne s’ennuie pas une seconde. J’étais fascinée durant la 1ère partie du film, par la passivité de Lucas (passivité qui m’a bien gonflée dans la 2e partie), par la complicité des personnages, la quiétude de leur petite vie, sachant déjà que tout cela allait voler en éclat. Il y avait un peu de Chronique d’une mort annoncée dans cette 1ère moitié de film, un sentiment de fatalité et d’impuissance qui est très fort, et fait que je me suis immédiatement attachée aux personnages, et pas uniquement à Lucas. Lorsque le drame se met en place, on sait que ces gens ordinaires sont dépassés par une situation qui ne l’est pas.

Je ne pouvais m’empêcher d’avoir envie de défoncer tout le monde, de la gamine qui a menti au commerçant qui fait tabasser Lucas, en passant par la directrice de maternelle et le meilleur ami. Déjà complètement embarquée dans l’affect, dans l’empathie, contrairement aux Lignes de Wellington, où ils pouvaient bien tous crever, pour ce que je m’étais attachée aux personnages. Ici, le ressenti est tellement fort qu’on ne sort pas indemne. Intellectuellement, on comprend la position et la réaction de chaque personnage, on sait qu’ils ne sont que des humains mis au pied du mur, mais émotionnellement, on est pris d’une haine farouche à leur encontre. Je me suis même surprise à détester Lucas pour sa passivité, son apathie après un premier sursaut de colère bien compréhensible. Et puis, à un moment donné, il réagit enfin avec plus que de l’indignation : une sorte de rage froide et une dignité exemplaires. Il finit par refuser ce que la communauté lui inflige en toute impunité. Il se rebiffe, et c’est fort et violent. Mads est nickel, pas de doute là-dessus, et il n’a pas volé son prix d’interprétation. Mais le reste du casting est à la hauteur : ils sont même tellement bons, tous, tellement naturels et ‘ordinaires’, que j’y ai cru à fond. Mention spéciale pour le jeune qui interprète le fils de Lucas, Marcus (Lasse Fogelstrom), qui est impeccable.

La fin du film est carrément en demi-teinte. Le spectateur est laissé en suspension, comme le personnage principal. La Chasse, c’est un peu « l’Histoire sans fin ».

Je me rappelais de l’acteur principal de façon floue, du genre : « sa tête me dit quelque chose, mais dans quel film je l’ai vu déjà ? »

Et puis, vive Imdb, je me suis rendue compte qu’il m’avait fait forte impression dans Le Roi Arthur, avec Clive Owen et Keira Knightley. Il n’avait qu’un rôle secondaire, mais faut croire qu’il assurait déjà à l’époque.

Maintenant, il me tarde d’aller voir un autre film dans lequel il joue : Royal Affair. Il est encore à l’affiche, il faut en profiter !

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Une Réponse to “« La Chasse » : la claque”

Trackbacks/Pingbacks

  1. « Royal Affair » : critique d’invité par G | L'Orpailleuse de Paname - 2 mars 2013

    […] Mads Mikkelsen, vous vous souvenez ???? Ne me dites pas que vous ne vous souvenez pas de la superbe chronique rédigée sur La Chasse !!! Ce mec, il crève vraiment l’écran et ne laisse personne indifférent !!!! Même […]

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