Le Bossu de /Notre-Dame de Paris : une obsession littéraire et cinématographique

1 Déc

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Pourquoi te parler de Notre-Dame de Paris et de ses innombrables (ou presque) adaptations ? Parce que, depuis la première fois où, adolescente, j’ai lu ce roman culte de Victor Hugo, j’ai été complètement et maladivement obsédée par cette histoire.

J’ai vu et entendu la majorité des adaptations qui en ont été faites depuis les débuts du cinéma*. Mais ce qui me console, c’est que j’ai trouvé au moins une personne encore plus allumée que moi : Hugosnotredame, un Youtubeur qui a mis de nombreuses versions en ligne. Grâce à lui, j’ai pu découvrir ou redécouvrir des versions collector**.

Tout a commencé à la première lecture du roman quand, happée par les tourments intérieurs des personnages et l’accélération des péripéties, j’étais tout bonnement incapable de reposer ce foutu livre. À l’époque, j’avais déjà pour habitude de faire des bandes dessinées de mes histoires préférées, sortes de fanfictions avant la lettre. Notre-Dame de Paris (NDP pour faire court) y avait échappé jusqu’à ce jour fatidique de décembre 1996 où, avec deux amies de lycée, nous sommes allées voir Le Bossu de Notre-Dame version Disney dans un célèbre cinéma des Champs-Elysées (encore les Champs, eh oui !)

Une vraie claque.

Je suis ressortie de la projection hébétée, émerveillée, confuse, le cerveau en ébullition. Je m’attendais au pire des massacres de mon roman préféré, et j’ai eu droit à l’impensable : que Disney ose conserver des thèmes aussi adultes que le désir physique, la passion, dans un dessin animé destiné (soit disant) aux enfants, ça m’a séchée sur place. Rien que la scène de la cheminée se suffit à elle-même. Frollo y déverse sa rage, son désir, sa culpabilité, sa luxure, sa haine dans une chanson phénoménale (Infernale, Hellfire en VO). Le coup des ‘obscènes flétrissures’, fallait oser quand même.

Frollo devant sa cheminée. Un morceau d'anthologie

Frollo devant sa cheminée. Un morceau d’anthologie

Bien entendu, c’est Frollo qui fait le dessin animé, tout comme il fait le roman et ses multiples adaptations. C’est lui qui met la mécanique du destin en mouvement, Ananké (Fatalité en Grec ancien) comme le personnage l’écrit lui-même dans le récit d’origine. Ce sont principalement ses actions qui entraînent ou déterminent celles des autres personnages. C’est son incapacité à se défaire de ses préjugés et à gérer la violence inédite de ses émotions qui le conduisent, ainsi que son frère Jehan, Esméralda et Quasimodo, vers une fin tragique. Et pourtant, dans le roman, Frollo n’est pas un méchant ordinaire. Il inspire au lecteur (ou du moins à la lectrice), autant de compassion que de révulsion fascinée. Car, contrairement à ce qui a été retenu du personnage dans la plupart des adaptations, Frollo n’est pas maléfique. Il est archidiacre de Notre-Dame, responsable du Salut de ses ouailles. Il a un code d’honneur qui ne faisait pas de lui quelqu’un de mauvais au départ. Il a adopté Quasimodo par charité (comme on le démontre bien dans la version de 1982 avec Derek Jacobi), l’a vraiment élevé avec l’amour et la maladresse d’un religieux intégralement voué aux études et au monde spirituel. Il a d’ailleurs bien mieux réussi avec Quasimodo qu’avec son propre frère cadet, Jehan, un bon à rien. Or, rien dans l’expérience de Claude Frollo ne le préparait, à l’automne de sa vie, à sa rencontre avec Esméralda, avec le désir amoureux, avec un corps et un cœur qui se mettent, subitement, à s’exprimer, qui s’imposent. Et qui provoqueront sa perte.

Esmeralda rousse? Absolument, si c'est Maureen O'Hara! Dommage que la version de 1939 soit en N&B!

Esméralda rousse? Absolument, si c’est Maureen O’Hara! Dommage que la version de 1939 soit en N&B!

Dans le roman, Esméralda n’est pas un personnage particulièrement attachant : elle est plus le reflet de ce que les autres personnages projettent sur elle qu’un être à part entière. Elle nous est présentée en négatif, en quelque sorte. On retient surtout d’elle la beauté, l’ignorance et l’innocence, la bêtise aussi parfois. Elle se laisse entraîner par les événements sans jamais vraiment se rebeller, sauf lorsqu’elle résiste aux avances (et à la tentative de viol) de Frollo. Seules les scènes où les deux personnages sont en tête à tête illustrent la volonté de fer de la damoiselle, et son sens de l’honneur. C’est d’ailleurs ce que la plupart des scénaristes ont retenu d’elle, jusqu’à en faire le porte drapeau des Étrangers opprimés face à l’injustice du système : version de Disney, mais aussi celle de 1939 où Maureen O’Hara ne cesse de plaider la cause des Bohémiens (elle en devient même un peu chiante). Dans la comédie musicale de Cocciante & Plamondon (1998), il est même question des ‘Sans papiers’. C’est dire si cet aspect d’Esméralda est primordial pour comprendre l’attraction et le dégoût qu’elle inspire à Frollo. Elle est l’Étrangère, l’Égyptienne, la Zingara, la Gitane, la Menace, le Diable. L’ignorance des uns et les préjugés des autres la condamnent d’avance, son appartenance à un peuple rejeté, ostracisé, rend la passion qu’elle inspire à Frollo d’autant plus méprisable aux yeux de celui-ci, alimentant sa culpabilité, sa colère envers elle et lui-même, puis enfin sa folie.

Quasimodo n’est pas un personnage captivant en soi, mais il le devient lorsqu’il interagit avec Frollo ou Esméralda. Dans sa soumission dévouée à son père adoptif, il est un enfant désemparé en quête perpétuelle de réconfort et d’acceptation. L’archidiacre, cet homme froid, tout occupé de connaissance et de prières, demeure paradoxalement une figure nourricière et rassurante, même lorsqu’il rejette Quasimodo après l’enlèvement raté d’Esméralda et la punition publique qui s’ensuit (alors qu’il en est l’instigateur). Esméralda réfugiée dans la cathédrale, c’est pour Quasimodo la fin de la solitude, la rencontre avec l’autre sexe, avec la Femme idéalisée, désirée, mais jamais d’une manière dégradante. D’ailleurs, des 4 hommes qui gravitent autour d’Esméralda, seul Quasimodo, le difforme, le monstre, le solitaire, lui témoigne un véritable respect : Frollo la désire avec passion mais la méprise, Phoebus est dépeint comme un sale type de base, superficiel et coureur de jupons. Quant à Pierre Gringoire, le ‘mari’ de la belle, il est finalement plus attaché à Djali la Chèvre qu’à son épouse. C’est d’ailleurs avec l’animal qu’il se sauve à la fin du roman, abandonnant Esméralda à Frollo et à la mort.

Les différentes versions ont presque toutes sacrifié quelque chose, adapté le récit aux goûts et au ‘politiquement correct’ de l’époque. L’altération la plus récurrente consiste à faire de Frollo un laïc : un homme d’Église qui se meurt de désir pour une ‘impure’ et commet tentatives de meurtre, de viol, faux témoignage, abandonne son fils adoptif à ses bourreaux et laisse son frère mourir… Bien trop souvent, ça dérange, donc on zappe, et voilà le pauvre personnage promu juge, ministre… voire devenu son propre frère !

1911 : Le Bossu de Notre-Dame (Albert Capellani). Pas vu.

Theda Bara en Bohémienne

Theda Bara en Bohémienne

1917 : La Chérie de Paris (The Darling of Paris – J. Gordon Edwards). Version du cinéma muet avec le ‘sex symbol’ Theda Bara dans le rôle d’Esméralda. Aucune copie de ce film n’a été conservée.

1922 : Esméralda (Edwin J. Collins). Film muet britannique avec Dame Sybil Thorndike dans le rôle titre. Pas moyen de mettre la main sur cette version.

Version de 1923 avec Lon Chaney

Version de 1923 avec Lon Chaney

1923 : Le Bossu de Notre-Dame (Wallace Worsley). Du cinéma muet toujours, avec tous les clichés qui en ont subsisté dans l’inconscient collectif. Les acteurs surjouent, évidemment, mais le tout conserve un charme désuet qui n’est pas déplaisant. L’intrigue s’écarte du roman sur plusieurs points majeurs. Ce n’est pas le religieux Claude Frollo qui craque pour Esméralda, mais son frère Jehan (politiquement correct, tu vois ?!). Phoebus n’est pas si pourri que ça, et on a un happy end en demi-teinte : la Gitane est sauvée, mais Quasimodo, frappé à mort par Jehan, décède après avoir jeté celui-ci dans le vide. L’interprétation de Lon Chaney en bossu est saisissante. Il parvient à insuffler force et fragilité à son personnage. Un grand moment de cinéma, ne serait-ce que pour cela.

Jehan Frollo dans la version de 1923

Jehan Frollo (Brandon Hurst) dans la version de 1923

1931 : Notre-Dame de Paris (Jean Epstein). Pas réussi à mettre la main dessus.

Frollo (Sir Cedrix Hardwicke) sous le charme de la naïve Esméralda (Maureen O'Hara)

Frollo (Sir Cedric Hardwicke) sous le charme de la naïve Esméralda (Maureen O’Hara)

1939 : Le Bossu de Notre-Dame (William Dieterle). Wow ! Parlez d’une adaptation 24 carats ! Casting de dingue, superproduction, fidélité assez bonne à l’esprit du roman, si ce n’est à sa ligne narrative… Tout y est ou presque ! Charles Laughton était un grand monsieur du cinéma britannique et américain (Les Révoltés du Bounty, Témoin à charge, Spartacus), et en Quasimodo, il a trouvé un rôle à sa mesure. Ce personnage, par définition, est un défi : une partie de son visage disparaît sous des prothèses ou maquillages, c’est donc le jeu d’acteur qui fait passer toute l’émotion, toute la complexité de cet être à part. Et de ce côté-là, Laughton a fait un boulot remarquable.

Quasimodo en 1939 (Charles Laughton)

Quasimodo en 1939 (Charles Laughton)

Le reste des acteurs est à la hauteur, en commençant par Sir Cedric Hardwicke qui livre l’un des meilleurs Frollo à ce jour. Certes, il n’est toujours pas prêtre dans ce film (mais Jehan, juge et conseiller du roi Louis XI), mais cela ne gâche rien, car il retranscrit à merveille les tourments intérieurs du personnage. Dès le début du film, on le sent sur le fil, un volcan qu’un rien peut faire entrer en éruption. Et au final, Frollo, c’est ça : un être qui peut basculer à tout moment (et qui finit par le faire en beauté). En face, Maureen O’Hara paraît si jeune, si innocente, mais cela sert son personnage (et l’histoire), car Esméralda est ainsi : une enfant dans un corps de (trop) belle femme. Elle plaide sans arrêt la cause des Bohémiens et nous gonfle un peu, mais les dialogues avec Frollo sont très bien écrits, le fossé entre ces deux êtres évident, et leurs différences irréconciables. O’Hara donne énormément de fraîcheur et de douceur au rôle d’Esméralda : moins sensuelle que certaines qui suivront, elle est bien davantage femme-enfant, en complète opposition avec la maturité sombre et torturée de son partenaire. À mes yeux, une des meilleures approches du récit originel, malgré des infidélités formelles ou narratives (notamment la fin heureuse où Esméralda part vivre avec Gringoire).

La fameuse scène du supplice de Quasimodo. "Noël! Noël!"

La fameuse scène du supplice de Quasimodo. « Noël! Noël! »

1956 : Notre-Dame de Paris (Jean Delannoy). Les Français se réapproprient enfin leur chef d’œuvre. À nouveau, une distribution étourdissante, une production pharaonique, les textes de Jacques Prévert (excusez du peu) et… la couleur !!! Ça change tout. Une version kitch à souhait aujourd’hui mais qui conserve beaucoup de panache. Seul bémol, mais il est de taille : Alain Cuny, qui interprète Frollo, n’a aucun charisme, aucune profondeur. Du coup, une bonne partie de l’intrigue « amoureuse » avec Esméralda tombe à plat. Et c’est même un gros plat. Après la tension sexuelle du couple de 1939, Ouch ! C’est d’autant plus dommage que pour interpréter Esméralda, la production a réussi à dégoter nulle autre que Gina Lollobrigida. Dans sa robe rouge, elle enflamme la pellicule. Oubliée la femme-enfant des versions précédentes (et du roman), welcome la femme (presque) fatale, toute parée de sensualité latine. Si elle reste assez naïve, cette Esméralda est définitivement passée à l’âge adulte.

Frollo (Alain Cuny) et Esméralda (Gina Lollobrigida)

Frollo (Alain Cuny) et Esméralda (Gina Lollobrigida)

Malheureusement, aucun de ses partenaires masculins n’est à la hauteur. On a déjà évoqué le cas Cuny, mais l’interprète de Phoebus ne vaut guère mieux. À sa décharge, le personnage est justement sensé être un blanc-bec au charme superficiel. Pierre Gringoire est dépeint avec beaucoup de véracité par le très grand Robert Hirsch, et il était d’ailleurs temps que ce personnage ait droit à une vraie mise en lumière. Mr Hirsch parvient à en livrer toute la médiocrité d’esprit sous ses airs d’intellectuel, la faiblesse de caractère et l’inconséquence.

Gringoire (Robert Hirsch) et Clopin (Phlippe Clay)

Gringoire (Robert Hirsch) et Clopin (Philippe Clay)

Et n’oublions pas Quasimodo. Ici, c’est Anthony Quinn qui s’y colle. Moins baraqué que ses prédécesseurs, il campe un bossu plus humain. Son cri de désespoir et de joie mêlés, « Belle ! » dans la fameuse scène où la gitane lui donne à boire, est très poignant, et inspirera bien plus tard Plamondon et Cocciante pour la chanson phare de leur comédie musicale. Et puis, je suis bien contente parce que, pour une fois, certains éléments du roman ont été remis au goût du jour. C’était d’ailleurs un des points d’orgue de cette version pour Delannoy et Prévert : revenir au roman d’origine et faire fi des versions hollywoodiennes précédentes. C’est réussi. On laisse planer l’ambiguïté sur le statut religieux de Frollo, mais son frère est bien un moins que rien qui meurt à la fin, il n’y a pas de happy end (Dieu merci !), et la conclusion du film est en tout point fidèle au roman : Quasimodo rejoint le cadavre de la Bohémienne dans les catacombes de Montfaucon et s’y laisse mourir de chagrin en la serrant dans ses bras. C’est beau, non ?

Quasimodo (Anthony Quinn) s'est fait un copain

Quasimodo (Anthony Quinn) s’est fait un copain

Esméralda dans la version de 1977 (Michelle Newell)

Esméralda dans la version de 1977 (Michelle Newell)

1977 : Le Bossu de Notre-Dame (Alan Cooke). Au secours ! Cette série télé est une horreur ! Bon, je veux bien que la prod’ n’ait pas eu les mêmes moyens que pour les adaptations précédentes, mais tout de même ! Tout y est fondamentalement laid : la qualité de l’image, les décors (si vous avez du mal avec les diagonales ou êtes adeptes de la perspective, passez votre chemin, migraine ophtalmique garantie), les maquillages… Et les acteurs ! Nom de nom, mais qui a casté cette Esméralda ? Michelle Newell est assez bonne et convaincante, surtout dans les scènes où elle se met en rage contre Frollo, mais elle est trop vilaine pour incarner un canon de beauté. Je sais que le physique ne fait pas tout, mais dans le cas d’Esméralda, c’est le premier critère à prendre en compte car le personnage, tel qu’il est dépeint par Hugo, l’exige. Du coup, même si l’actrice s’en sort bien question jeu, sa crédibilité et celle de ses partenaires est sérieusement émoussée d’entrée de jeu. Pour couronner le tout, elle ne sait pas danser et, après la prestation de Gina dans la version de 1956, c’est assez ennuyeux. Frollo est (ouf !) dépeint comme un prêtre, et le scénario exploite à fond les tourments que sa condition, son idéal de pureté, et l’amour ‘dégradant’ qu’il éprouve pour la Gitane lui font éprouver.

Frollo (Kenneth Haigh)

Frollo (Kenneth Haigh)

Kenneth Haigh, qui incarne l’archidiacre, a parfois tendance à surjouer, mais cela ne gâche pas la plupart des scènes dans lesquelles il intervient. Je me souvenais de la tête de cet acteur sans me rappeler dans quel autre film je l’avais vu. En cherchant dans Google, je me suis rendue compte qu’il avait interprété Brutus dans un de mes films préférés : Cléopâtre avec Liz Taylor. Il n’y tenait qu’un petit rôle, mais il faut croire que sa propension à en faire des caisses m’avait déjà marquée. Dans cette version de NDP, les scènes entre Frollo et Esméralda sont intéressantes. La Bohémienne est fidèle au roman (naïve, superficielle), et Newell explore une facette jusque là ignorée ou sous-exploitée par les actrices précédentes (ou les scénaristes) : sa rage vengeresse à l’encontre de Frollo. Elle va même jusqu’à ordonner à Quasimodo de le tuer après qu’il l’ait agressée dans la cathédrale, puis menace le prêtre elle-même avec son épée, comme dans le roman. Il semble donc que cette interprétation énergique porte en germe les développements futurs du personnage (chez Disney, notamment).

1978 : Notre-Dame de Paris (Robert Hossein). Je n’ai jamais pu trouver de copie de ce spectacle musical, malheureusement, car avec les textes d’Alain Decaux, cela devait être sympa.

Frollo (Sir Derek jacobi) et son serviteur (Tim Piggot-Smith)

Frollo (Sir Derek jacobi) et son serviteur (Tim Piggot-Smith)

1982 : Le Bossu de Notre-Dame (Michael Tuchner & Alan Hume). Derek Jacobi incarne Frollo. Rien que cela donne une idée de la qualité de ce téléfilm. Enfin une version qui explore à fond toutes les facettes de ce personnage complexe ! Oui, il est archidiacre. Oui il aime Quasimodo comme un fils ou un serviteur dévoué. Oui, il désire Esméralda à en perdre la raison. Manipulateur, violent, sournois, dépassé par ses pulsions, mais aussi charitable, droit, responsable. Tout cela et plus encore. Tu l’auras deviné, il s’agit d’une de mes interprétations préférées de Frollo. De nombreux points divergent du roman, et cette version de 1982 se rapproche singulièrement de celle de 1939. Esméralda y finit également par aimer Gringoire et partir avec lui, au lieu de mourir pendue. Quasimodo ne jette pas Frollo dans le vide pour venger la mort de la Gitane, mais le tue en légitime défense.

"Choisis-moi ou la corde". Pour Esméralda (Lesley-Anne Down), c'est tout vu!

« Choisis-moi ou la corde ». Pour Esméralda (Lesley-Anne Down), c’est tout vu!

Ce qui me gêne vraiment dans ce téléfilm de 1982, ce ne sont pas les libertés prises par les scénaristes vis-à-vis du chef d’œuvre de Hugo, car l’ensemble fonctionne bien. Nan, le seul vrai ‘hic’ c’est, encore une fois, l’actrice retenue pour interpréter Esméralda. Lesley-Anne Down était méga canon à ce moment-là, la star montante de la télé britannique et américaine (tu l’auras peut-être aperçue dans Upstairs, Downstairs, ou Nord et Sud avec Patrick Swayze). Mais dans le rôle de la Bohémienne, elle n’est pas terrible. Trop grande, trop raide (elle ne sait pas danser, même un petit peu), 2 expressions faciales maximum, et aucune émotion. Sa nullité est d’autant plus patente qu’en face, elle a non seulement un Sir Jacobi brillantissime en Claude Frollo, mais également le grand Sir Anthony Hopkins en Quasimodo.

Sir Anthony Hopkins: Quasimodo avant Hannibal, un monstre avant LE monstre

Sir Anthony Hopkins: Quasimodo avant Hannibal, un monstre avant LE monstre

D’aucuns diront que fort peu d’actrices feraient le poids face à deux pointures comme ces messieurs. OK. Mais il suffisait d’en trouver une pour parachever cette belle production. Car malheureusement, ici, les scènes de Madame Down tombent un peu à plat, et ce que Derek Jacobi parvient à insuffler de violence et de passion à Frollo est pratiquement siphonné par le trou noir qu’il a en face de lui. Je me surprends à rêver d’une version où Gina Lollobrigida aurait donné la réplique à ce Frollo-là… Récemment, j’ai par ailleurs reconnu le prêtre assistant de l’archidiacre dans cette version de 1982 : Tim Pigott-Smith, que j’avais adoré en méchant dans V pour Vendetta, et en gentil dans North and South (minisérie de la BBC). Ajoute par dessus le marché une petite apparition de Sir John Gielgud en tortionnaire, et c’est (presque) du caviar. Dommage pour le casting d’Esméralda.

1986 : Le Bossu de Notre-Dame (Eddy Graham). Dessin animé australien que je n’ai pas encore réussi à voir.

Le gentil Quasimodo, auquel Francis Lalanne prête sa voix magnifique dans la VF

Le gentil Quasimodo, auquel Francis Lalanne prête sa voix magnifique dans la VF

1996 : Le Bossu de Notre-Dame (Gary Trousdale & Kirk Wise). La version de Disney.

Que dire ? C’est du lourd, en particulier si l’on considère qu’il s’agit (normalement) d’un format destiné aux enfants. Sauf que, la moitié du film n’est pas du tout appropriée à un jeune public et, en le voyant pour la première fois au ciné, je croisais les doigts pour que les bambins assis à côté de nous ne comprennent pas tout à fait ce qu’il se passait. Avec le recul, je me dis que les producteurs devaient avoir un peu pété les plombs pour signer et financer un projet aussi sombre, aussi mature, aussi inadapté à un public mineur. Nos premiers commentaires en sortant du ciné avec les copines : « Ils se sont lâchés chez Disney ! » et « Oh la vache ! »

Bien sûr, s’agissant d’un dessin animé d’1h30, les scénaristes ont sacrifié beaucoup de choses et fait de sérieuses infidélités au matériau d’origine. Évidemment, ça se termine bien, avec une super morale à la clé : « C’est la beauté intérieure qui compte », comme dans La Belle & la Bête. Cela tombe bien, c’est la même équipe qui a réalisé les deux films. Forcément, les gentils sont récompensés et le méchant puni. Dans le roman, il n’y a aucune justice et tout le monde y laisse des plumes, innocents ou coupables, braves ou lâches.

Frollo et Esméralda ont une 'conversation' dans la cathédrale

Frollo et Esméralda ont une ‘conversation’ dans la cathédrale

Mais dans ce Disney, comme je l’ai dit en préambule, la noirceur du récit et l’aspect le plus adulte du méchant – sa passion charnelle pour une femme qu’il méprise par ailleurs – sont inédits. Pour un enfant, comprendre les motivations de Frollo doit être délicat, et se résume sûrement à : « De toute façon, c’est lui le Méchant ». Grand, pâle et maigre, vêtu de noir, on l’identifie sans mal, comme toujours au royaume enchanté de Mickey. Et comme d’habitude, il est à une seule dimension, bien loin de la complexité du personnage originel ou de ses autres variantes cinématographiques. Pourtant, le conflit intérieur est bien présent, là où la plupart des méchants disneyens cherchent la ligne droite sans se poser de question. J’ai particulièrement apprécié le courage qu’il a fallu aux scénaristes et aux réalisateurs pour conserver cet aspect du personnage. Autre phénomène qui joue beaucoup pour installer le Villain ici : la voix. Voilà 16 ans, je regardais encore certains films en VF (promis je ne le fais plus !). Le Bossu de Notre-Dame n’y a pas échappé. Et il faut bien reconnaître qu’avec la voix fantastique de profondeur et de nuance, hautement identifiable et grave à souhait de Jean Piat, le personnage prend encore une toute autre dimension. Fan de Monsieur Piat depuis la première fois où j’ai vu la série télé Les Rois Maudits dans les années 80 (son Robert d’Artois est cultissime), j’ai frissonné en le découvrant au casting vocal de ce Disney.

Jean Piat

Jean Piat

Plus tard, avec le DVD, j’ai eu le plaisir de découvrir la voix originelle : Tony Jay, figure célèbre pour tous les fans de Lois & Clark : les Nouvelles Aventures de Superman, puisqu’il y incarnait le bras droit de Lex Luthor. Mais il a surtout enchaîné les doublages pour une foultitude de dessins animés et de jeux vidéo. Sa voix grave, un peu caverneuse mais follement élégante, se prête à merveille au rôle de Frollo. Cela dit, je préfère quand même la VF.

Tony Jay

Tony Jay

Aux côtés de ce Frollo troublant et décidément inadapté pour des enfants, on trouve un Quasimodo prévisible dans sa bonté et son abnégation, bien qu’il ait à lutter contre son éducation rigide et ses entraves psychologiques pour se réaliser en tant que personne. Francis Lalanne lui prête sa voix dans la VF, et cela fonctionne parfaitement. Harmonieuse, posée et douce, elle supporte les envolées dans les chansons. Francis Lalanne est un artiste certes controversé, assez peu apprécié du public, mais je reconnais que c’est un super chanteur et j’adore sa contribution dans ce film.

Ouh la, pas contente!

Ouh la, pas contente!

Esméralda, chez Disney, n’est définitivement pas une damoiselle en détresse au sens classique du terme. Certes, à un moment donné, elle est sérieusement dans la panade et a bien besoin qu’on vienne la sauver, mais en temps ordinaires, elle sait très bien se défendre toute seule. C’est flagrant quand elle défie Frollo et met la pâtée à ses soldats devant une foule en délire. Contrairement au roman, la Bohémienne version animée est indépendante, futée, elle ne subit pas les événements mais les provoque ou les infléchit, et puis elle est plus mature, à l’aise dans le monde. La voix française (Rebecca Dreyfus) a été bien choisie, car elle est à la fois jeune, énergique et proclame : « on ne me la fait pas, à moi ! » Toutefois, c’est en VO que le personnage prend toute sa saveur, car il bénéficie de la voix légèrement éraillée de Demi Moore, qui décidément botte des fessiers masculins à la chaîne au milieu des années 90. On retrouve d’ailleurs un peu de G.I. Jane (tourné durant la même période) dans cette Esméralda. Époque oblige, l’héroïne disneyenne des années 90 est une superwoman qui est prête à en découdre avec les hommes et mène sa barque comme elle l’entend. Ici, le personnage d’Esméralda est très influencé (comme de nombreux éléments de la version Disney) par le film de 1939, en particulier dans son combat pour les droits des Gitans. Elle adopte un discours presque social qui donne encore davantage d’épaisseur à ce dessin animé décidément hors cadre. Pour que cette héroïne ait un chéri digne d’elle, Mickey a sensiblement transformé le personnage de Phoebus qui, de beau gosse sans cervelle et sans honneur, devient un vétéran de la guerre, roublard et fortement attaché à ses valeurs et à la justice. C’est ce qui lui vaudra la haine de Frollo, l’amour d’Esméralda et le respect sincère, quoique réticent, de Quasimodo.

Phoebus chez Disney est très différent de l'original... Heureusement pour Esméralda!

Phoebus chez Disney est très différent de l’original… Heureusement pour Esméralda!

De nombreuses choses me gonflent aussi dans cette version, qui est loin d’être parfaite : entre les incohérences historiques (sur l’architecture de la cathédrale, en particulier), les faux raccords (une dague qui disparaît, « un cadreur dans une vitre, une perche dans le champ, rien ne m’échappe »), on a tôt fait de s’énerver. Et puis, ces 3 gargouilles qui accompagnent Quasimodo, si elles sont le reflet de sa conscience, l’aidant à résoudre son conflit intérieur, était-il nécessaire de les faire chanter ? Sérieusement ?

Frollo et la Bohémienne dans la 'Version Jetlag'

Frollo et la Bohémienne dans la ‘Version Jetlag’

1996 : Le Bossu de Notre-Dame (Toshiyuki Hiruma Takashi). La version des productions Jetlag, qu’on appelle communément la ‘Version Jetlag’. Même si cette version très cheap surfe sur l’énorme vague Disney du précédent opus, elle s’en détache singulièrement. Autant le dire de suite : la qualité de l’animation est… inexistante. Tout est plat, lent, statique. Les couleurs sont en général moches et tristounettes, les chansons vraiment nases. Je ne me suis jamais remise de la chanson de Quasimodo :

« Esméralda, tu es la reine de mon cœur

« Esméralda, mon espérance, mon bonheur

« C’était toi, si gentille et si belle

« Es-tu juste illusoire ou réelle ?! »

J’ai n’ai pas revu ce truc depuis 15 ans, quand j’avais acheté, regardé puis vite revendu la cassette vidéo (ouais, même pas encore le DVD à l’époque !), et je m’en souviens encore. Tu le crois ça ?!

Regarde qui on trouve en plein Jetlag! Phoebus et cette pimbêche de Fleur de Lys!

Regarde qui on trouve en plein Jetlag! Phoebus et cette pimbêche de Fleur de Lys!

Donc, animation pourrie, chansons pourries, design des personnages… hum, passons. Et pourtant, ce dessin animé sans prétention est globalement plus fidèle au roman d’origine, il ose aller plus loin dans les thèmes ‘adultes’ que la version de Disney (qui était déjà bien gratinée, on vient de le voir). Frollo n’est pas un ministre ou un juge, mais bien un prêtre (et même un moine, avec la tonsure et tout), qui désire Esméralda (aucune langue de bois là-dessus non plus), Quasimodo est bel et bien sourd comme un chaudron (chez Disney, il entendait très bien), Phoebus est un gros pourri, Fleur de Lys est présente, Esméralda épouse Gringoire pour le sauver de la pendaison, est accusée du meurtre de Phoebus, etc… Les personnages ne sont pas très développés, mais avec 46 minutes au compteur, il ne faut pas trop en demander à ce petit dessin animé. Grosse surprise à la fin : Esméralda tombe amoureuse de Quasimodo et ils s’enfuient à la campagne tous les deux.

Une fin inattendue dans cette Version Jetlag

Une fin inattendue dans cette Version Jetlag

À ma connaissance, une seule autre adaptation offre cette fin alternative, où les deux héros deviennent un couple. Je ne sais pas pour toi, mais je trouve ça gonflé. Au final, ce petit dessin animé n’est pas si mal, si l’on se concentre essentiellement sur l’intrigue. Il est bien plus fidèle au roman que nombre de versions à plus gros budget. Rien que pour l’effort, ça vaut le coup de lui laisser une chance de te plaire.

Mandy Patinkin, tout en sensibilité. Un bon Quasimodo, méconnu

Mandy Patinkin, tout en sensibilité. Un bon Quasimodo, malheureusement méconnu

1997 : Le Bossu (Peter Medak). Alors là… Comment dire ?

Dans sa globalité, ce téléfilm est assez pénible à regarder d’une traite, mais il y a pourtant beaucoup de choses à admirer. Paradoxal, non ? Scénario pourri, où l’on introduit une histoire d’assassinat de ministre parce que le personnage de Phoebus a dégagé pour de bon, discours rance et ultra-conservateur de Frollo sur le progrès des idées et de l’imprimerie, alors que le personnage originel est un scientifique, un esprit éclairé (selon les standards de l’époque, bien sûr), apparition de Louis XI sous les traits du roi Arthur (Nigel Terry, sans son Excalibur), cathédrale toujours en chantier à la fin du XVe siècle (pas de tour sud, WTF ?!!!) et j’en passe…

Louis XI (Nigel de Camelot) et son ministre Gaucher. Mais qu'allaient-ils faire dans cette affaire?

Louis XI (Nigel Terry) et son ministre Gaucher. Mais qu’allaient-ils faire dans cette affaire?

Pour le positif… Le casting, surtout : Salma Hayek en Esméralda. « Bombasse », qui a dit « bombasse » ? Physiquement, elle est parfaite dans le rôle, juste sublime et là, ouais, on comprend que Frollo pète les câbles quand il la voit. On lui pardonne même son corset en vieille tapisserie… Mais pas son jeu, nullissime. Salma a déjà été beaucoup plus crédible en tant qu’actrice, c’est le moins que l’on puisse dire. Bon, sa plastique fait quand même le plus gros du travail, et en plus, ses scènes de danse sont belles et envoûtantes.

Salma danse, sans python albinos ce coup-ci!

Salma danse, sans python albinos ce coup-ci!

En face, 2 pointures : Richard Harris campe un Frollo bien plus âgé que dans le roman, et Mandy Patinkin prête sa sensibilité à un très bon Quasimodo. Au moment de la sortie du film, certains critiques s’étaient bien marrés avec la première apparition de Frollo : emmitouflée dans une robe de bure noire qui rappelle méchamment celle des Bénédictins, sa tête jaillit du col comme si elle était montée sur ressort. Des barres de rire. Je suis toujours contente quand les scénaristes respectent le fait que Frollo est un religieux, mais de là à en faire un moine ? On n’en demandait pas tant. Dans l’ensemble, Harris a bien capté son personnage, il est convaincant dans l’expression du conflit intérieur. Au début du film, bien qu’il la méprise, il est très doux avec Esméralda, bien plus que ses prédécesseurs (la scène du chariot est particulièrement réussie).

Richard Harris est très convaincant en Frollo

Richard Harris est très convaincant en Frollo

Mandy Patinkin, que certains connaissent grâce à Esprits criminels, mais que les gens de ma génération ont découvert voilà fort longtemps dans Princess Bride (« Bonjour, mon nom est Inigo Montoya. Tu as tué mon père. Prépare-toi à mourir »), est nickel en Quasimodo. Outre ce trio de tête, les seconds rôles sont la plupart du temps bons, y compris celui qui interprète Pierre Gringoire (Edward Atterton), dont Esméralda tombe amoureuse (again). Bien sûr, on a droit à un happy end en demi-teinte, où seuls le bossu et son père adoptif périssent.

Hystérique à la Fnac en découvrant ce disque

Hystérique à la Fnac en découvrant ce disque

1998 : Notre-Dame de Paris (Richard Cocciante & Luc Plamondon). Décidément, je n’avais pas le temps de souffler dans les années 90 ! Imagine : après Disney, Jetlag, Harris et Salma, je tombe un jour sur l’enregistrement studio de la nouvelle comédie musicale de l’auteur de Starmania. Comme ça, sans prévenir, à la Fnac des Halles ! J’ai dû être une des premières à acheter le fameux CD, car les présentoirs n’étaient pas encore installés quand je me suis emparée de la chose. Comment pouvais-je résister, avec une adaptation de mon roman fétiche + la chanteuse Noa en Esméralda ? Impossible. Et j’aime autant te dire que le disque a tourné en boucle pendant des semaines : déjà, parce qu’il est très bon, et ensuite parce que chaque apparition des chanteurs dans les émissions de télé ravivait la flamme. Même quand, après leur premier passage cathodique  avec Noa, celle-ci a annoncé qu’elle quittait l’aventure, je n’ai pas pu décrocher.

Noa aurait fait une Esméralda grandiose

Noa aurait fait une Esméralda grandiose

Hélène Ségara en Bohémienne

Hélène Ségara en Bohémienne

Forcément, ma mère m’a offert les billets pour voir la comédie musicale avec le casting d’origine, au Palais des Congrès. Forcément, c’était génial, même si Hélène Ségara ne faisait pas le poids après Noa. À sa décharge, elle avait de gros problèmes de cordes vocales à l’époque. Mais pour le reste de la troupe, principalement des hurleurs québécois, ça dépotait. Garou, alors complètement inconnu en France, a une voix parfaite pour interpréter Quasimodo. C’est bien simple, on a l’impression qu’il mange des gargouilles de pierre au petit-déjeuner. Daniel Lavoie incarne un Frollo nickel : sa voix, parfois puissante, parfois au bord de la brisure, est idéale pour exprimer la force des passions du personnage et la profondeur de ses doutes et de son dégoût de lui-même. Quand l’archidiacre rend visite à Esméralda en prison et lui lance un ‘je t’aime’ qui n’en finit pas, on a tous retenu notre souffle. Tant de rage, de désespoir, c’était inouï de justesse.

Daniel Lavoie livre un Frollo impeccable

Daniel Lavoie livre un Frollo impeccable

Les seconds rôles assurent aussi, même si Phoebus (Patrick Fiori) est insupportable et Fleur de Lys (Julie Zénati) au mieux une petite peste, au pire une ordure. Gringoire est parfaitement employé comme conteur de la pièce ; Bruno Pelletier et son Temps des Cathédrales annoncent d’emblée la couleur : dans cette œuvre, on a des beaux textes et des gens qui hurlent.

La voix de Garou est parfaite pour Quasimodo

La voix de Garou est parfaite pour Quasimodo

Pas fan des comédies musicales (j’avais envie de me pendre pendant Roméo & Juliette, histoire de mettre un terme à mes souffrances), celle-ci m’a parue hyper réussie. Mieux que ça, je n’ai vu qu’une seule fois : Le Roi Lion, à Mogador.

QDP 3

1999 : Quasimodo d’El Paris (Patrick Timsit). Attention, parodie 100% française et non-politiquement correcte. Les Bohémiens sont devenus les Cubains, Esméralda est une pintade rousse, Phoebus un flic ripoux et cavaleur (Vincent Elbaz, presque méconnaissable en blond), Quasimodo (Timsit) un obsédé, mais moins que Frollo qui a un sérieux compte à régler avec les femmes. Richard Berry en Frollo tient le film à bout de bras, tant sa prestation se détache du reste du casting, qui est pourtant bon et joue le jeu à fond. Prêtre moderne qui fait un doigt d’honneur constant sur toute la durée du film (Berry devait avoir des crampes à force), il adore Quasimodo, qu’il considère comme un fils. Il y a une belle complicité entre Berry et Timsit, qui donne au film tout son charme. L’ensemble est au-delà de l’absurde, de l’irrévérencieux ou du mauvais goût, mais il fonctionne si on laisse de côté le roman d’origine et qu’on accepte de rentrer dans ce gros délire. J’avais bien rigolé (parfois jaune), mais ce n’est pas non plus un chef d’œuvre.

Frollo (Richard Berry) a comme qui dirait un problème d'arthrite du majeur droit dans ce film

Frollo (Richard Berry) a comme qui dirait un problème d’arthrite du majeur droit dans ce film

Le Bossu rencontre Donjons et Dragons... Hum!

Le Bossu rencontre Donjons et Dragons… Hum!

2009 : The Magical Adventures of Quasimodo (Mill Creek Entertainment). Cette série animée a été diffusée sur France 3. J’avais réussi à en chopper quelques épisodes. La vache! Frollo est un sorcier échappé de Donjons et Dragons, Quasimodo est Thierry la Fronde avec une bosse, Esméralda est réduite au rôle de sidekick sans intérêt, les pitreries de Gringoire/Clopin rendent fou, l’animation est mauvaise (petit budget) et on s’éloigne méchamment de l’univers de Hugo. Puristes s’abstenir.

Et depuis… Plus rien n’a été tenté pour adapter ce roman intemporel. Avec l’arrivée d’Internet dans nos vies, je me sens vraiment moins seule dans mon délire (qui dure depuis bientôt 20 ans, tout de même). Il semblerait en effet que cette histoire obsède un bon paquet d’allumés à travers la planète. Le récit, les personnages qui sont devenus de vrais archétypes, les émotions, les thèmes abordés, tout y est tellement universel qu’il s’agit d’une source d’inspiration inépuisable pour réappropriations et réinventions sans fin. J’en veux pour preuve le nombre invraisemblable d’adaptations (tous media confondus) : Notre-Dame de Paris doit être une des histoires les plus souvent adaptées au cinéma. Au final, elle est l’équivalent d’un conte destiné aux adultes. Mais ne le sont-ils pas tous, fondamentalement ?

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*Cet article traite essentiellement des adaptations ciné et TV, avec l’exception notoire de la comédie musicale qui avait fait grand bruit en 1998 et que j’ai eu la chance de voir dès sa sortie. Ne figurent ici ni les pièces de théâtre (au moins 3 adaptations en langue anglaise), ni les ballets (j’ai horreur de ça), ni les émissions de radio.

**Au moment où je finissais cet article et cherchais des images pour l’illustrer, je suis tombée sur le blog de Jess, intégralement consacré à cette histoire et ses multiples réinterprétations : http://www.thehunchblog.com. Il y a aussi un blog entièrement dédié au personnage de Frollo : http://claudefrollo.com

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6 Réponses to “Le Bossu de /Notre-Dame de Paris : une obsession littéraire et cinématographique”

  1. marnie101 2 décembre 2012 à 22 h 32 min #

    Quelle belle analyse, approfondie, documentée et juste ! je n’ai pas encore tout lu, mais quelques mots tout de même.
    La couverture du Livre de poche : c’est celle de ma version quand j’ai lu ce livre passionnant à 14 ans environ càd en 1988 en gros. Ce livre n’est pas étranger à ma future spécialisation en Moyen Age. Plus que l’intrigue, à la limite, le chapitre « Ceci tuera cela » m’avait passionnée, fascinée, intriguée, ouvert des portes intellectuelles…
    Pour les adaptations, je n’ai vu que le film Disney ! un vrai choc aussi à l’époque car je n’avais pas vu un Disney depuis longtemps et là le sujet m’avait poussé à aller le voir. J’étais restée ébahie devant la beauté des images et comme toi par le traitement très adulte de l’histoire. Et la voix de Jean Piat pour Frollo…. ah, la voix de Jean Piat ! et plus, l’interprétation de Jean Piat qui m’avait presque fait tomber amoureuse de Frollo. Moi aussi, ce Mr Piat, je l’aime d’amour depuis mes 14 ans et Robert d’Artois… (soupir).
    Bref, à part ça j’aime beaucoup les chansons de la version comédie musicale, pas vue sur scène. Et si je connais les versions cinématographiques de réputation, je ne les ai jamais vues, honte à moi ! Alors merci pour cette synthèse qui comble mes lacunes et m’aidera à faire un choix si je tombe sur l’une ou l’autre version.
    A + !

    • L'Orpailleuse 2 décembre 2012 à 22 h 46 min #

      Chère Marnie, comme toujours, merci de ton commentaire! Contente que l’article te plaise! Nous avons lu la même édition du roman, on dirait! 🙂 Je pense que, comme toi, mon intérêt pour le Moyen Âge est en partie dû à ce roman fondamental. Outre le chapitre que tu mentionnes, j’avais beaucoup aimé l’entrée en matière ‘Paris à vol d’oiseau’. Passionnant!
      Ah lala, Jean Piat! Il pourrait faire une pub pour de la lessive ou parler des réformes agricoles en Ukraine que je trouverais ça sexy. Et comme toi, j’avais presque craqué sur ce psycho de Frollo, en grande partie à cause de sa voix!
      Si tu dois commencer par une version ciné, je recommanderais celle de 1956, qui est une des plus fidèles et des plus réussies. Celle de 1982 vaut également le détour. Malheureusement, la version de 1939 n’est plus accessible sur le net 😦

  2. F. de l'O. 22 avril 2016 à 10 h 15 min #

    C’est toujours passionnant de croiser une autre admiratrice de ce roman, et surtout du personnage de Claude Frollo. J’ai pour ma part eu l’occasion de voir le Disney enfant, et adulte, et je peux confirmer que les enfants ne se rendent pas compte de tout ce qui se passe dans la tête de Frollo, ou des horreurs qui arrivent à Quasimodo. Même si les tomates évoquent le sang et mettent mal à l’aise, lors de la torture. Je n’avais jamais été fan du Disney, mais ado, je l’ai redécouvert et ce fut un coup de cœur, lequel m’entraîna à découvrir le reste, au point de faire de Hugo presque un de mes objets de travail. Je suis encore plus enjouée de voir que c’est Daniel Lavoie qui semble faire l’un des plus impeccables Frollo :p ! J’ai conscience d’arriver taaard après la bataille mais j’espère qu’on pourra communiquer tout de même. A plus !

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  1. Ernest et Célestine, Pi, Le Hobbit, Jack Reacher, Hushpuppy et Eminem « L'Orpailleuse de Paname - 9 janvier 2013

    […] grands acteurs. Il y a toutefois une chose qui rend la VF supportable : le grand, l’inégalable Jean Piat double […]

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    […] parle que des Misérables (son chef d’œuvre), et Notre-Dame de Paris (que j’adore, comme cet article le montre). Moi, cette lecture m’a donné envie de découvrir tous les romans de […]

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