Les Lignes de Wellington

30 Nov

Il faut croire que le cinéma de Raul Ruiz n’est pas fait pour moi. Ou l’inverse, que je ne suis pas faite pour lui.

Lignes Wellington Affiche

La bande annonce, magnifique, m’avait tout de suite emballée. Aucune publicité autour de la sortie de ce film, ou alors je suis passée au travers, et cette BA qui me pète à la figure, comme ça, juste avant la projection d’Argo.

Je vais t’avouer un secret : j’adore le cinéma, mais ma culture ciné est plus que lacunaire. Des pans entiers du 7e art m’échappent encore, et je ne me suis intéressée qu’à la production de certains pays : USA, France, Royaume-Uni, Japon, Inde, Espagne et Italie (un peu), Allemagne et pays Scandinaves (idem). J’ignore tout ou presque de ce qui se fait en Amérique du Sud, dans le reste de l’Europe ou encore en Afrique. Mais la beauté de la chose, c’est qu’on a toute la vie pour se rattraper. Grâce aux festivals, nouvelles sorties au cinéma, rééditions DVD ou à la médiathèque, tous les chefs d’œuvre qu’il me reste à découvrir bénéficient souvent d’une seconde vie, ou en tout cas sont accessibles.

J’en reviens à Raul Ruiz, réalisateur chilien décédé en 2011 et à propos duquel toute la presse spécialisée, tous les « professionnels de la profession » et une partie du grand public crient au génie. Je n’appartiens à aucune de ces catégories, ne voyant pas où serait le ‘génie’, mais c’est sans doute davantage par ignorance qu’autre chose : je n’ai vu qu’un seul film de lui, Les Âmes fortes avec Laetitia Casta, et je me souviens de m’être souverainement ennuyée, même si les acteurs étaient bons dans l’ensemble. Le film était lent, plat, minimaliste. Aucune émotion ne transparaissait, rien dans le drame qui se jouait sous mes yeux ne m’a touchée. Du coup je n’ai pas du tout accroché.

Les lignes de Wellington avaient tout pour me plaire, du moins sur le papier (et cette bande annonce !). Une fresque historique, certes sur une période que je n’aime pas particulièrement, mais avec ce que j’espérais de souffle épique, de violence des sentiments. Un film du type ‘chorale’, dont je suis très friande, servi par une distribution hallucinante : c’est à croire que tous ceux qui ont travaillé avec Ruiz un jour ont accepté de s’impliquer dans ce film qui, quoique porté à son terme et réalisé par l’ancienne assistante et compagne du réalisateur chilien décédé (Valeria Sarmiento), s’en veut en réalité l’œuvre posthume, comme par procuration. Juge un peu : John Malkovich, Catherine Deneuve, Michel Piccoli, Isabelle Huppert, Marisa Paredes, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud, Vincent Perez, Elsa Zylberstein… Certes, la plupart d’entre eux ne font qu’une apparition, comme un petit ‘coucou’ au réalisateur défunt et au spectateur avant de repartir, mais ça fait rudement plaisir de les voir tous réunis dans un film.

Lignes Wellington paysage

Les décors sont appropriés à l’histoire : terre brûlée, maisons vidées de leurs habitants en fuite, fortifications de terre balayées par le vent… Les costumes aussi sont beaux, mais c’est comme si toutes les couleurs étaient éteintes, délavées ou terreuses. Là encore, j’imagine que c’était voulu pour poser l’ambiance. Et quelle ambiance ! Déprimante à souhait, ce qui est parfaitement logique. J’ai particulièrement apprécié certains plans, qui ressemblaient à des tableaux de maîtres flamands, Bruegel notamment. Là dessus, rien à redire, la magie opère. Tout est aride, mort, décharné ou en décomposition, un bel écrin pour cette histoire d’exode de populations civiles dépassées par une guerre qui va laisser leur terre exsangue. Les Grands de ce Monde ne sont pas épargnés : les Français ont décidément le mauvais rôle, et on nous fait passer pour des brutes épaisses, nos généraux pour des imbéciles libidineux et malpolis. Cela ne me dérange pas outre mesure car, après tout, Napoléon a bel et bien mis l’Europe à feu et à sang. Les soldats britanniques ne s’en sortent pas indemnes pour autant : aussi roués, sales et méprisables que leurs ennemis, on a tous envie de les voir crever, de l’officier au fantassin anonyme.

C’est d’ailleurs ce qui nous a le plus gêné dans le film, avec mon pote G : nous n’avons éprouvé aucune empathie pour une majorité écrasante de personnages. Quand tu regardes un film sur la guerre et son cortège d’atrocités, quand tu souffres d’une forme aiguë de « Syndrome du Docteur Quinn », avoue que c’est un comble ! Comme G l’a si bien marmonné pendant la projection de 2h31 (bordel, mais comment on a tenu ?) puis à nouveau lorsque nous sommes sortis du cinéma : « Fusillez-les tous ! ». Seule une poignée de personnages est parvenue à me faire éprouver de la compassion, essentiellement chez les civils portugais en exil vers les fameuses Lignes de Wellington, édifiées autour de Lisbonne pour arrêter l’avancée française. Que tous les personnages fassent preuve de lâcheté, de ces mesquineries et petitesses ancrées dans la nature humaine ne peut qu’enrichir un récit. Avec un film de guerre ‘choral’, c’est même obligé et c’est ce qui devrait donner aux Lignes de Wellington toute leur richesse narrative. Bien que les personnages manifestent (presque tous) ces travers qui nous font horreur mais dont nous sommes tous capables, ça ne prend pas. Je ne suis pas suffisamment entrée dans le récit pour sympathiser avec les personnages ou apprécier les nuances de leurs réactions ou motivations. Ils pouvaient tous crever, pour ce que je m’étais attachée à eux, et dans certains cas, j’espérais presque les voir mourir. L’horreur!

Cit of life and death

Voilà plusieurs jours que j’ai vu ce film, et je ne parviens toujours pas à mettre le doigt sur ce qui m’a vraiment empêchée d’éprouver de la compassion pour les personnages. Je ne peux m’empêcher de le comparer à un autre film de guerre choral, où les populations civiles sont confrontées tout du long à une armée sanguinaire : City of Life and Death du réalisateur Chuan Lu. Contant l’un des épisodes les plus sombres des guerres Sino-Japonaises (la chute – ou ‘viol’ – de Nankin en 1937), ce film parvient à présenter sans hypocrisie les deux camps, où chacun et chacune, au pied du mur, fait preuve du plus grand courage ou de la pire lâcheté. La grande force du film de Chuan Lu, c’est de nous faire sympathiser avec tous les personnages : lâches ou héros, Chinois ou Japonais, victimes ou bourreaux. J’ai vibré pour chacun d’eux, tremblé et pleuré. Et c’est ce que j’attends surtout d’un film de ce type : ressentir des émotions violentes, contradictoires. Qu’on me prenne par la main et qu’on m’entraîne dans le récit, que je me sente proche des personnage. Si en plus ces derniers sont des humains dépeints en camaïeu de gris, à plusieurs facettes, comme dans la vraie vie, c’est encore mieux.

J’attendais sans doute une expérience similaire avec Les lignes de Wellington. Et je suis complètement passée à côté.

Lignes Wellington

Çà et là, une scène ou le jeu d’un acteur parvient à toucher la corde sensible, mais cela arrive trop rarement dans le film de Sarmiento. J’ai beaucoup aimé John Malkovich (comme d’habitude) en général Wellington : capricieux, égomaniaque, cabotin, il est juste parfait et, par sa légèreté apparente, en contraste complet avec les populations qui suivent son armée et subissent les pires infortunes imaginables. Marisa Paredes se détache également de l’ensemble, mais l’actrice espagnole n’a pas sa pareille pour nous faire passer par toutes les émotions possibles : tantôt elle m’a fait sourire, tantôt j’ai eu mal pour elle. Certains acteurs portugais ont des rôles intéressants également, en particulier celui qui interprète Chico (Nuno Lopez). D’une manière générale dans ce film, les « petites gens » sont plus proches de nous, plus nobles et dignes aussi. Ça m’a plu.

Lignes Wellington Chico

Pour le reste, j’ai trouvé ces Lignes de Wellington d’autant plus ennuyeuses que je me faisais une joie de les voir après cette belle bande annonce. Comme me l’a suggéré mon ami G, il aurait peut-être mieux valu que nous allions voir La Chasse, comme c’était prévu au départ. Cela ne nous aurait sans doute pas fait déprimer davantage, mais vibrer, ça oui !

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2 Réponses to “Les Lignes de Wellington”

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  1. « La Chasse » : la claque « L'Orpailleuse de Paname - 13 décembre 2012

    […] film voilà 2 semaines, et qu’à la place (à ma demande, je dois l’admettre), nous avions vu Les Lignes de Wellington. Finalement peu inspirés sur ce coup-là, il était impératif que nous visionnions La Chasse […]

  2. « Royal Affair » : critique d’invité par G | L'Orpailleuse de Paname - 2 mars 2013

    […] moi, les films historiques, j’adore !!! À l’exception des Lignes de Wellington, mais ça, vous le saviez déjà (enfin ceux qui suivent… […]

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