Le Lotus de Christina Aguilera : une review amatrice

28 Nov

Ⓒ Christina Aguilera

Même si cela n’a jamais été tout à fait fashion de le reconnaître, j’aime la musique de Christina Aguilera et sa voix. M’en fiche si c’est de la soupe populaire.

Elle a eu une très mauvaise passe autour de ses 29 ans, mauvaise passe que mon astrologue de mère expliquerait fort bien par le transit de Saturne… Bref, « Xtina » en a vue des vertes et des pas mûres ces 2-3 dernières années, entre son divorce d’avec Jordan Bratman, le flop de son album Bionic et l’annulation de la tournée qui devait suivre, le bide de son film Burlesque (pourtant un divertissement très honorable) et enfin, humiliation suprême, le carnage du Superbowl 2011 où elle a allègrement massacré les paroles de l’hymne américain… Impardonnable pour ces Ricains chauvins et patriotes à l’extrême ? Peut-être…

Mais s’il y a bien une artiste dont je ne doutais pas de l’acharnement et du retour probable sur le devant de la scène, c’est Christina. Elle a la niaque. La rage. D’ailleurs, elle nous a prévenus voilà longtemps : c’est une battante (Fighter). Je ne suis donc pas étonnée outre mesure qu’elle nous revienne avec un album placé sous le signe de la résurrection (d’où la symbolique du Lotus), avec l’idée très nette d’en découdre et d’en mettre plein la gueule à tous ses détracteurs. Et ils sont légion, encore plus nombreux depuis son « Transit de Saturne », car il est tellement plus facile de jeter la pierre à quelqu’un qui est déjà à terre. Sauf qu’à terre, Christina n’y reste jamais bien longtemps.

Nouvel album en forme de bras d’honneur, donc, dont on attendait beaucoup (trop ?) et qui a fort à faire pour désamorcer le désamour désormais bien installé entre la petite chanteuse (1,52 m) et l’Amérique.

Ⓒ Christina Aguilera

Après deux albums-concepts, Back to Basics et Bionic, elle a fait le seul choix stratégique possible pour montrer à ses fans et au reste du monde qu’elle est toujours dans la course : revenir à cet instant de grâce qu’était Stripped, son meilleur album à ce jour. J’avais beaucoup aimé Back to Basics, car grande amatrice de l’esthétique et des codes des années rétro. Christina y a puisé une incroyable source d’inspiration, aussi bien sonore que visuelle. Ce double album est très cohérent, réussi, et sa voix se prête merveilleusement aux sonorités vinyles ou jazzy qu’elle a adoptées. Ses différentes contributions avec des stars de la Soul ou du Jazz (Aretha Franklin, Tony Bennett) ont démontré qu’elle pouvait poursuivre dans cette voie, ce qu’elle a fait avec brio dans Burlesque. Que l’on ait vu le film ou pas, que l’on aime Christina ou pas, il faut bien reconnaître que les reprises et les numéros de cabaret sont impressionnants.

Bionic, c’était une autre histoire. Quoiqu’en disent les critiques fâchées avec la chronologie, Xtina ne surfait pas simplement sur la nouvelle vague Stefani Germanotta, car elle avait amorcé son virage électro avant que la planète ne devienne Gaga (il suffit d’écouter son best of Keeps Getting Better sorti en… 2008 !). Personnellement, j’aime beaucoup moins cet aspect du travail d’Aguilera, pas parce que l’album Bionic est mauvais, mais parce qu’il n’est pas assez accessible pour des gens qui ne sont pas branchés électro à la base, et parce que je préfère reconnaître sa voix dans ses chansons. Trop de synthé tue la chanteuse, je trouve, surtout quand on connaît le coffre, le potentiel de Xtina. Pour moi, masquer sa voix avec du synthé, la retravailler à outrance sur un ordi, c’est pire que du gâchis : un crime.

Qu’elle se plante dans les paroles de l’hymne américain, avec la pression qu’elle avait, franchement je m’en fiche. Qu’elle ait pris beaucoup de poids ne me dérange pas non plus : être toute fine c’était bien pour faire les numéros de cabaret dans Burlesque, mais elle est quand même beaucoup plus sexy maintenant qu’elle a gagné 3 tailles. Il y a plus grave dans la vie. Elle a d’ailleurs bien rebondi en devenant coach pour la très regardée émission de télécrochet The Voice.

Mais moi, j’attendais sa musique. Je me suis donc précipitée sur Lotus, et je l’ai écouté en boucle pendant 2 semaines avant de me lancer dans cette review sans prétention. Histoire de bien savoir de quoi on parle.

L’album se veut clairement comme un nouveau Stripped. C’est la même alchimie qui est recherchée, ce savant mélange de styles avec une voix surpuissante comme fil rouge. Mais l’esprit n’est pas le même : il ne s’agit plus de casser son image de petite jeunette issue du Disney Club, mais de regagner sa place au soleil dans l’Enfer des divas de la pop. Et puis elle ne parvient pas à oublier sa phase électro, genre musical qu’elle continue d’explorer avec plus ou moins de bonheur dans ce nouvel opus. Le premier single, Your body, est réussi : un son et un rythme qui se retiennent bien, nickel pour les dancefloors, des paroles où Xtina assume pleinement sa sexualité (que l’on sait débridée par ailleurs, la star n’en ayant jamais fait mystère). Sa voix est encore parasitée ça et là par des altérations numériques, mais sa force parvient néanmoins à imprégner la chanson. Et puis ce clip ! Bourré de références pop culture, Christina y joue la carte de l’autodérision à fond, détournant son image de pin’up sexy et croqueuse d’hommes pour en faire un Thelma sans Louise survitaminé et volontairement 2e degré. Si tu n’as pas encore vu le clip, fonce, il vaut son pesant de cacahuètes.

Ⓒ Christina Aguilera

Plusieurs autres morceaux de l’album sont dans la même veine électro/dance, en particulier Red Hot kinda Love, très entraînant, idéal pour s’amuser entre copines. Le refrain est particulièrement sympa, avec son pseudo-yodel (« Could you coo-oo-oo-l me down ? »). Dans la catégorie des chansons ‘électro’ de l’album, Let there be Love est tout bonnement insupportable. C’est le seul morceau, avec le remix de Your Body (je déteste les remix) que j’ai décoché de la playlist au bout d’une journée d’écoute. Around the World et Make the World Move sont nettement plus sympas, mais pas aussi prenants que Your Body ou Red Hot kinda Love. Dans Make the World Move, un duo avec son comparse de The Voice, Cee Lo Green (inconnu au bataillon), elle ne lui laisse pas beaucoup d’espace, et c’est dommage. Leur collègue Blake Shelton s’en sort mieux sur Just a Fool, une des chansons les plus réussies de l’album avec son atmosphère à mi-chemin de la pop et de la country. On peut y apprécier davantage l’envergure de la voix de Christina, en puissance et en tessiture. La tonalité de Shelton se marie bien à celle de Christina. Un beau duo. C’est d’ailleurs un des titres de l’album qui se vendent le mieux sur iTunes.

Forcément, si l’on reprend la recette de Stripped, il faut également de belles ballades dans la lignée de Beautiful, où Christina peut se montrer plus fragile (elle le fait si rarement !) et surtout lâcher sa voix dans un registre plus doux et intimiste. Dans l’album Lotus, les titres entrant dans cette catégorie sont : Sing for Me et Blank Page. Tout y est ou presque : une belle mélodie, la voix placée et posée juste comme il faut, avec un soupçon d’émotion et de vulnérabilité. Blank Page est magnifique, sans déclencher autant de frissons que Beautiful, mais Sing for Me manque sa cible : au lieu d’affirmer sa douceur sur une mélodie qui s’y prête, elle en remet une couche sur son discours individualiste et égocentrique. Et c’est finalement dans Cease Fire (« Cessez le feu ») que l’on entrevoit une Christina un peu fragilisée par tous les revers qu’elle a traversés. Parce que cet album ne reflète pas vraiment le calvaire qu’elle a enduré. Et il ne faut pas compter sur elle pour assumer sa part de responsabilité dans ses échecs. Et ça, ça me gonfle.

Autant j’adore son côté ‘Girl Power’, autant sa façon de tout le temps parler d’elle et de rejeter le blâme sur les autres me tape sur le système. Comprends-moi bien : dans ma playlist ‘Girl Powa’, mitonnée pour les fois où j’ai besoin d’avoir la niaque, Christina occupe une place de choix. C’est bien simple, le tiers des chansons qui composent la liste sont d’elle, y compris les nouveaux titres issus de Lotus : Army of Me, que l’on a souvent réduit (à tort) à un Fighter 2.0, et Best of Me. Quand tout te prend la tête et que tu as envie de taper sur les gens qui t’emm…., une chanson de Christina te donne une patate d’enfer et un grand sens de ta self-esteem. C’est une des grandes forces de cette chanteuse, et j’y ai eu souvent recours par le passé, de Fighter à Here to Stay en passant par Singing my Song. Best of Me est très efficace, en particulier grâce à des tambours tous militaires en fond sonore et des chœurs utilisés à bon escient. Army of Me est nickel, avec un rythme entraînant et des paroles en clin d’œil à Fighter (mais pas seulement).

Mais il y a un inconvénient majeur à multiplier les chansons signifiant « Je vous emm… » à toute la planète et disant qu’on ne pourra pas vous abattre, que vous êtes la plus forte, blablabla : on parle de soi tout le temps. Christina ne sait rien chanter d’autre que « moi, moi, moi ». Certes, beaucoup d’artistes parlent de leur expérience personnelle, et ça ne dérange pas outre mesure (qui irait reprocher à Adèle de nous conter ses peines de cœur ? Elle fait ça tellement bien !), mais Christina Aguilera nous rentre tellement dans la gueule que ça devient pénible à force. Elle est trop « in your face » comme dirait les Anglo-saxons. Comme toujours, tout est une question de dosage, et elle a fait trop fort avec Lotus. J’ai le sentiment qu’un peu plus de contrition, de discrétion ou de vulnérabilité aurait fait de cet opus autre chose qu’un bon album : un grand album. Entre Circles, où elle invite élégamment la personne (une de plus !) qui l’a gonflée ou trahie à faire des cercles empalée sur son majeur, et Shut Up (présent seulement dans l’édition Deluxe) où elle suggère à cette même personne (ou un millier d’autres) de fermer leur gaufre (pour dire les choses poliment), on est dans l’overdose. Même les adeptes de la force intérieure et du ‘Girl Power’ comme moi, c’est dire… Dans Shut Up, par un effet miroir (et sans tomber dans la psycho à 2 balles), Christina reproche à son interlocuteur ce qu’elle n’ose manifestement pas se reprocher à elle-même. Elle lui intime de « fermer sa grande gueule » et « d’arrêter d’écouter le son de sa propre voix » pour casser les oreilles de son entourage. C’est ce que l’on aimerait dire à Christina dans ces cas-là : « Ferme-la un peu ».

J’ai volontairement gardé la chanson qui ouvre l’album et lui donne son titre pour la fin de cette review. Lotus est un morceau assez éthéré, très électro mais qui passe bien. La voix de Christina y est singulièrement déformée, retravaillée, mais bizarrement, là encore, ça passe bien. Ce n’est pas difficile : après une écoute seulement, ce morceau est allé direct dans ma playlist baptisée Stretching, et elle fonctionne très bien pour se détendre ou s’évader.

En résumé :

Lotus est un bon album de pop, mêlant différentes influences, dans la lignée de Stripped. Christina Aguilera a su s’entourer des meilleurs producteurs et compositeurs pour redorer son blason et se remettre dans la course. Seulement, l’objectif est trop évident, et à trop vouloir copier Stripped, elle passe presque à côté de Lotus. Car la « copie » ne vaut pas l’original, et l’album de 2001 reste son meilleur à ce jour. J’y vois pour principale raison que les influences R&B de Stripped conviennent mieux à la voix de Xtina que la moulinette électronique. Cela étant, de très bons morceaux jalonnent ce disque qui manque par ailleurs de cohésion (et pour cause). Et puis, quelle démarche artistique de vouloir refaire ce qui avait marché ? La création d’un album ou d’une chanson, ce n’est pas uniquement l’application d’une recette qui a fait ses preuves. C’est un moment dans la vie de l’artiste et dans ce qu’il a à dire. Et ce que Xtina veut nous dire c’est, en gros : « F**k you, je suis toujours là, je suis la meilleure et je ne lâcherai rien ».

Merci bien Christina, mais on l’avait compris voilà 12 ans déjà.

Note : ★★★☆☆

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Une Réponse to “Le Lotus de Christina Aguilera : une review amatrice”

  1. multilb /recutement 28 novembre 2012 à 23 h 42 min #

    A reblogué ceci sur multilb.

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