1 weekend, 3 films

26 Nov

Comme la majorité des Français, je suis très ciné. Tu imagines donc ma frustration quand, au chômage et devant faire des coupes sèches dans mon budget ‘Loisirs’, j’ai sacrifié voilà plus de 2 ans ma Carte UGC Illimité chérie. Par la suite, de petits contrats en Intérim ou CDD ne m’ont pas encouragée à reprendre la fameuse carte qui me permettait jadis de laisser libre cours à mon vice.

La semaine dernière, pour fêter le contrat longue durée qu’on vient de me signer, j’ai décidé de façon archi-impulsive de refaire une carte Illimitée. Et puis avec le nombre de bons films qui sortent ces temps-ci, je ne voulais pas me restreindre comme je l’avais fait trop longtemps. Quand la place te coûte 10,90€, tu réfléchis à 2 fois avant d’aller au ciné, surtout si tu es au chômdu. Et puis on dira ce que l’on voudra, mais voir un film en DVD ou en VOD, c’est pas pareil.

Autant te dire que cette fichue carte, je l’ai amortie en moins de 24h. Vendredi soir, je suis allée sur les Champs en sortant du travail pour me mater Argo, le dernier film de Ben Affleck. Ce mec me sidère: il a réussi, en une décennie à peine, à passer du statut d’acteur pour minettes/beau gosse d’Hollywood (tu te souviens? Armageddon, Pearl Harbor…) à celui de réalisateur acclamé par la critique comme le public. En 3 films. Mais quels films! Gone Baby Gone, qui te prenait aux tripes et te laissait un goût amer, et où le frangin Casey Affleck affirmait déjà son grand talent de comédien (tu as vu The Killer Inside Me? Il y est génialement glaçant)… en passant par The Town, un thriller survolté qui mettait tes nerfs à vif et t’en mettait aussi plein la vue.

Avec Argo, Ben, toujours aussi maître de son propos, nous plonge dans une des pages les plus dramatiques et les plus absurdes de l’Histoire contemporaine. Le genre de trucs qu’on n’aurait pas osé écrire à Hollywood, et pourtant Hollywood y a pris une part majeure : l’extraction de 6 diplomates américains d’Iran au moment de l’arrivée au pouvoir de Khomeiny et des tensions extrêmes entre les USA et l’Iran. Et le plan pour sortir ces pauvres gens d’une situation en apparence inextricable?  C’est la ‘meilleure mauvaise idée’ de Tony Mendez (Affleck), agent de la CIA expert en extraction. En gros, monter un film de SF bidon, Argo, faire gober le projet à la presse américaine, puis se pointer en Iran pour faire les repérages du pseudo-film et repartir la bouche en coeur avec les 6 employés de l’ambassade américaine pour l’heure planqués chez l’ambassadeur du Canada à Téhéran. Ambassadeur qui est interprété par un de mes acteurs préférés, Victor Garber, qui jouait le papa de Sydney Bristow dans la série Alias… Sydney qui était interprétée par nulle autre que Jennifer Garner, la… femme de Ben Affleck. Full circle! Victor est un proche de la famille Garner/Affleck, parrain d’un des 3 enfants du couple. En plus il est Canadien, donc pour le rôle il était parfait! En tout cas, ça m’a drôlement fait plaisir de le voir dans le casting. Autre bonne surprise: la présence de Clea DuVall, que j’avais adorée dans ce film décalé et à l’esthétique faussement rétro sur l’homosexualité : But I’m a Cheerleader.

Argo est un bon film qui ne rentre pas tout à fait dans les cases: ce n’est pas complètement un film d’action, il est trop lent pour ça. Ce n’est pas non plus tout à fait un film d’espionnage parce que même le personnage de Ben Affleck n’est pas présenté comme un super-espion et les autres sont complètement dépassés par la situation. Ce n’est pas non plus un thriller 100% pur jus, parce que personne ne meurt, il n’y a pas d’énigme à résoudre… Ni un film politique, même si l’Histoire et la politique ont une part importante à jouer dans le récit. En fait, Argo c’est un mix de tout ça, avec en plus un humour à froid qui fait mouche. Dans la catégorie ‘Comic Relief’, il faut citer les personnages de John Goodman et Alan Arkin, qui apportent une touche d’humour potache dans cette fable à l’absurde par ailleurs complètement assumé. Et Affleck est très fort pour nous faire passer d’une scène drôle à un moment de tension extrême. Même en connaissant l’issue de ce fait historique, mes ongles ont passé un sale quart d’heure pendant… le dernier quart d’heure du film, où le suspense est à son comble et magistralement mis en scène.

En passant, Ben et ses scénaristes écornent un peu la machinerie hollywoodienne, celle des superproductions, le syndicat des scénaristes en particulier. Et puis, pour les fans de SF, c’est du caviar d’assister au montage de ce faux film imaginé comme un Star Wars à 2 balles.

Beaucoup de second degré donc, dans ce film incroyablement efficace et divertissant mais qui ne prend pas les spectateurs pour des imbéciles et pousse à réfléchir pendant la projection et même après. Si tu n’as pas encore vu Argo, fonce avant qu’il ne soit chassé des salles obscures par les films de Noël qui commencent à arriver.

Nouvelle virée au ciné samedi après-midi pour… Une Nouvelle chance ! Forcément, un film de et/ou avec Clint Eastwood, pas besoin de réfléchir, on fonce !

J’étais intriguée par ce film car il a reçu des critiques mitigées (je ne les lis pas souvent avant de voir un film, mais là je n’ai pas pu résister). En plus, depuis le temps que Clint n’avait pas été dirigé par un autre réalisateur que lui-même, on se dit : le projet doit être super ! La bande annonce est alléchante, avec un beau casting autour de Clint : Amy Adams, la petite rouquine qui n’en finit pas de monter à Hollywood, Justin Timberlake, qui non content d’être une bête de scène est aussi un acteur très convaincant, et John Goodman, incontournable depuis des lustres… et toujours aussi attachant. Comme bien (trop ?) souvent, ce bon John récupère le rôle du meilleur pote, en l’occurrence Pete, l’ami de Gus Lobel, personnage interprété par Clint.

Gus est un vieux ronchon qui perd progressivement la vue et a depuis belle lurette perdu le contact avec sa fille Mickey (Amy Adams). Pourtant, les deux Lobel se voient régulièrement pour manger un bout et ne surtout pas discuter de sujets sérieux. Mickey est une avocate accro au boulot, qui n’arrive pas à s’investir dans une relation et a dressé des barrières entre elle et le reste du monde, trop déçue et blessée par ce père absent.

Le boulot de Gus, c’est de repérer les futurs stars de baseball dans les championnats de lycée et université. Il fait ça depuis des lustres, c’est le meilleur mais il est trop old school pour ses patrons qui aimeraient bien le foutre au placard. Dans le rôle du jeune loup aux dents longues qui veut sa place, j’ai particulièrement apprécié le jeu de Matthew Lillard, que j’avais adoré dans Scream et revu de temps en temps au ciné depuis. Il est parfait en arriviste qui joue la carte de la modernité et veut manger tout le monde sur son passage, avec juste ce qu’il faut de roublardise, de fausseté et de médiocrité.

D’une manière générale, le casting est très bon. Clint est comme un poisson dans l’eau avec ce rôle de Grincheux au cœur tendre, auquel il est abonné depuis longtemps et qui lui est offert ici en hommage, presque une caricature de lui-même. Mais si ce rôle est volontairement dans la même veine que Gran Torino, il n’en possède ni la force ni la nuance.

Et c’est d’ailleurs ce que je reproche principalement au film : le tout manque de nuance, de complexité. On aurait pu avoir un grand film, avec des relations entre les personnages qui nous tiennent en haleine, nous émeuvent… mais le tout est bien trop téléphoné et plat pour fonctionner. Au bout de 20 minutes de film, je savais déjà comment ça allait se terminer. Les personnages sont unidimensionnels, caricaturaux aussi bien dans leur description que dans leurs relations aux autres. Et ça m’a gonflée. Parce qu’Une Nouvelle chance aurait pu être un bon film, mais le scénario est si simpliste et prévisible que le plaisir est siphonné en cours de visionnage. Les acteurs se démènent pour donner vie et crédibilité à leurs personnages, et c’est à leur charisme seul que les rôles doivent le peu d’épaisseur qu’on leur trouve. Sachant ce qui allait (en gros) se passer car le script pourrait tout aussi bien sortir d’une série télévisée moyenne, j’attendais les rebondissements et le dénouement avec d’autant plus d’impatience. Et d’ennui. Et j’ai attendu longtemps. Car tout cela est fort long.

Ne m’intéressant pas au baseball par ailleurs, je suis sans doute passée à côté de ce qui pour certains doit donner tout son charme au film.

Un pétard mouillé donc que cette Nouvelle chance. En ce qui me concerne, j’attends le futur film d’Eastwood, A Star is Born. Ça va être long…

Le 3e film de ce weekend, je l’ai maté tranquillement à la maison. M’enfin, j’étais allée le voir au ciné à sa sortie dans les années 90 : G.I. Jane (À armes égales en Français), avec Demi Moore. Beaucoup ont décrié ce film au moment de sa sortie et depuis, lors de rediffusions télévisées. Et je me retrouve en porte-à-faux, car j’avais aimé ce film au ciné, et je l’ai à nouveau apprécié ce weekend. On dira ce que l’on voudra, mais Ridley Scott reste un bon réalisateur dès qu’il est question d’action. Autant certains de ses derniers films ne m’ont pas convaincue, voire agacée (le dernier en date, Prometheus, et pire encore, le précédent Robin Hood), autant je ne boude jamais mon plaisir lorsqu’il s’agit de (re)découvrir ses réalisations un peu plus anciennes. G.I. Jane raconte l’histoire d’une femme au caractère bien trempé dans un milieu d’hommes : Demi Moore la mastoque, dans la Navy. Magouillage politico-improbable aidant, elle intègre le programme des Navy SEALs le plus hardcore possible. Et dire que ces gars-là ne sont pas des enfants de cœur est un doux euphémisme.

Forcément, elle va leur mettre la pâtée et en sortir avec les honneurs. Forcément son personnage est trop simpliste pour être crédible. Forcément tout ou presque sert la mise en valeur de la plastique de Demi. Forcément, elle incarne un personnage qui va donner des vapeurs à toutes les féministes, puisqu’elle est un porte-étendard du Girl Power, une superwoman, avec des super réparties de la mort qui tue et qui donne une bonne leçon aux mâles dominants du film, à commencer par leur Alpha, Viggo Mortensen… qu’on apprécie vachement plus en Aragorn, quand même. Forcément, le film est à prendre au 2e degré. Forcément, les mecs sont tous beaux et musclés et on a droit à des séances d’entraînement et de simulation à n’en plus finir. Bon OK, ça manque un peu beaucoup de Sergent Hartman, mais on n’est pas chez Stanley non plus.

À mi-chemin entre un mauvais Rambo et Mulan, G.I. Jane ne laisse pas indifférent et je comprends que le propos (assez creux, au demeurant) puisse agacer. Pour ceux qui ne veulent pas passer 2 heures à regarder une nana se couper les cheveux, s’habiller en homme, se battre comme un homme, il y a la version courte et light : le clip de Part of Me par Katy Perry. Pour les autres, ils peuvent apprécier le travail physique de Demi Moore, qui est en top forme et a dû bosser très dur afin d’être crédible dans ce rôle hyper athlétique. Car elle en impose physiquement dans ce film. Et rien que pour ça, respect. Cette histoire, on la goberait presque juste parce que Demi elle est trop forte ! Quelques répliques cultes jalonnent le film, toutes très macho ou très féministes (dont une, fameuse, qui a fait scandale à l’époque). On s’en fiche, car le film n’illustre pas tout à fait la guerre des sexes, ni un extreme makeover, ni (au secours !) une réflexion sur la place des femmes dans l’armée, ou encore l’apologie de la toute puissance militaire américaine. Pas d’excès de drapeau américain ici, pas non plus de discours rance patriotique jusqu’à la nausée. Juste ce qu’il faut pour séduire un public US sans trop écœurer le public du reste du monde.

Au final, un bon cocktail d’action, de Girl Power, de testostérone. Du bon cinéma pop corn à déguster entre copines, quoi !

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4 Réponses to “1 weekend, 3 films”

  1. Marnie 27 novembre 2012 à 11 h 19 min #

    Merci pour ces critiques intéressantes ! ça me donne encore plus envie de voir « Argo », ce sera pour cette semaine c’est sûr. Quant aux 2 autres, je passe mon tour 😉

Trackbacks/Pingbacks

  1. Les Lignes de Wellington « L'Orpailleuse de Paname - 30 novembre 2012

    […] La bande annonce, magnifique, m’avait tout de suite emballée. Aucune publicité autour de la sortie de ce film, ou alors je suis passée au travers, et cette BA qui me pète à la figure, comme ça, juste avant la projection d’Argo. […]

  2. Le Bossu de /Notre-Dame de Paris : une obsession littéraire et cinématographique « L'Orpailleuse de Paname - 1 décembre 2012

    […] des fessiers masculins à la chaîne au milieu des années 90. On retrouve d’ailleurs un peu de G.I. Jane (tourné durant la même période) dans cette Esméralda. Époque oblige, l’héroïne disneyenne […]

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