Retour de Vienne : mais qui était Sissi ?

28 Août

Sissi au sommet de sa splendeur

Oui je sais ! Ça fait des plombes (7 mois… gniark !) que je n’ai pas posté sur ce Blog. Mais il y a des phases dans la vie, et pendant ce début d’année 2012, j’ai surtout été occupée à :

1/ Trouver du travail

2/ Perdre du poids et me (re)mettre en forme (je t’en parle bientôt dans un billet qui vaudra son pesant de cacahuètes – non salées, of course)

3/ Flemmarder… En gros, j’avais pas envie d’écrire.

La plume – ou plutôt le clavier de mon ordi – me redémangeant les doigts, la muse m’habitant à nouveau, je reviens pour une nouvelle ‘chasse au trésor’. De la pépite, encore de la pépite en cette rentrée surchargée (je travaille maintenant dans une école… autant te dire que nous sommes sur les dents ces derniers temps).

Et pour commencer l’année scolaire, quoi de mieux que de parler vacances ?

Étant chômiste, je n’en avais pas pris depuis un bail, et ça me manquait sévère. Là, petit budget et petit timing obligent, je me suis échappée en Autriche. À Vienne. Chez Sissi. Et depuis je me pose cette question existentielle : Mais qui était Sissi ? Parce qu’on nous a matraqués avec elle en Autriche. Les pros du marketing ne s’y sont pas trompés : c’est bien simple, elle est partout. Une belle princesse, tu penses ! Quelle aubaine !

Sauf que Sissi a toujours détesté Vienne, qu’après avoir pondu les héritiers qu’on attendait d’elle, elle n’a eu de cesse de s’inventer ou de se provoquer des maladies plus ou moins graves pour se sauver. Un peu comme dans Sissi face à son destin, sauf que dans le film on a détourné son infection pulmonaire (historique) à des fins romantiques… Remarque, on a fait pareil avec tous les autres épisodes marquants de sa jeunesse.

Bah vi : les histoires d’amour, les contes de fées, les princesses, tout ça, ça fait rêver et vendre. Allez, ami(e) Lecteurice, avoue que toi aussi tu as soupiré d’un air béat devant les beaux bijoux, les belles robes et la chevelure de feu que Romy Schneider arborait dans cette trilogie mièvre aux sempiternelles rediffusions !

Mais tout ça, c’est des conneries pour faire vendre, un ramassis de bobards, comme dans la plupart des films qui ont été consacrés à la défunte impératrice. En visitant le Musée Sissi à Vienne, tu en apprends de belles ! Remarque, j’avais déjà pris un peu d’avance, car le personnage m’a fascinée pendant un temps et j’avais lu avec avidité le très bon ouvrage de vulgarisation de Catherine Clément paru chez Découvertes Gallimard : Sissi, l’impératrice anarchiste.

« Anarchiste, Sissi ? » T’étonnes-tu. « Mais non, elle avais juste du mal à gérer l’étiquette à la Cour d’Autriche ! » On le voit dans les films avec Romy mais, comme pour tout le reste, cela a été grandement édulcoré, détourné au profit d’une romance à 2 balles.

Essayons donc de démêler un peu le vrai du faux.

Vrai:

François Joseph est tombé raide dingue amoureux de Sissi alors qu’il devait épouser sa sœur Hélène.

Vrai:

Les rapports entre Sissi et sa belle-mère Sophie étaient tendus pour de multiples raisons, mais pas forcément celles évoquées dans les films.

Faux:

Sissi n’aimait pas son empereur de mari, du moins pas comme dans le film. Les témoignages laissent plutôt penser qu’elle a acquis une certaine estime et amitié pour lui au fil des ans. En même temps, il a fini par lui laisser faire ses quatre volontés.

Vrai:

Sissi n’était pas heureuse à la Cour de Vienne, l’étiquette l’étouffait, l’apparat la gonflait et les aristos la saoulaient.

Vrai:

Elle adorait la Hongrie et a beaucoup contribué à la réunion des 2 Couronnes pour la formation de l’Empire austro-hongrois.

Faux:

Elle n’est pas devenue reine de Hongrie genre 1 an après son mariage comme c’est suggéré dans le film Sissi impératrice, mais bien 7 ans après. D’ailleurs, entretemps, elle avait chopé sa tuberculose et filé à Madère, puis Corfou… Alors que cela n’intervient que dans Sissi face à son destin, le 3e et dernier film. Z’ont tout mélangé les bougres !

Vrai:

La première petite fille du couple impérial s’appelait Sophie.

Vrai:

Une petite fille du couple impérial s’appelait bien Gisèle comme l’adorable rouquine que l’on voit dans le 3e volet.

Faux:

Ce n’était pas la même gamine. Ils ont fusionné les 2 gosses dans la trilogie. Plus simple. Et au passage, non, Sissi n’a pas eu la garde de ses enfants, sauf de la quatrième et dernière. Pour les autres, on les lui a bien confisqués pour les confier à des nourrices puis des précepteurs, comme c’était la mode à l’époque chez les grands de ce monde.

Vrai:

Sissi faisait beaucoup (trop) de cheval. Elle était même considérée comme une des meilleures cavalières d’Europe. Et la plus casse-cou.

Vrai:

Sissi avait les dents gâtées malgré des soins maniaques. Dans son Musée à la Hofburg, le palais viennois des Habsbourg, on peut voir les instruments que son dentiste attitré utilisait (ça fait froid dans le dos… comme tous les trucs de dentiste). D’ailleurs, sur la plupart des portraits de l’impératrice, elle se garde bien de sourire. Forcément, ses dents étaient moches. Et de toute façon, elle avait rarement envie de sourire.

Vrai:

Sissi avait une chevelure de dingue, qui lui arrivait aux chevilles, dont elle était, selon ses propres mots, « l’esclave ». Il fallait 3 heures pour la coiffer et l’apprêter chaque jour, elle la lavait toutes les 3 semaines avec des shampooings chelous. Moi je me demande si elle n’avait pas des migraines avec tout ce poids qui se reportait sur la nuque. Mais bon, on nous le dit pas dans les bouquins ni au Musée, et peut-être que ça se confondait avec son état mental.

Car Sissi était folle. Comme la plupart des Wittelsbach, elle souffrait de neurasthénie, ou « mélancolie » comme on disait à l’époque ; elle ne tenait pas en place, avait des sautes d’humeur et des idées super noires. Les témoignages d’époque présentent un personnage très différent de la jeune femme enjouée (et un peu conne, disons-le franchement) de la plupart des films. En fait, la fréquenter devait être sacrément déprimant.

Les tares qui couraient dans la famille, comme dans toutes les grandes familles nobles d’Europe, ne l’ont donc pas épargnée. Faut dire qu’à force de se marier entre cousins… En parlant de cousin, le sien, Louis II de Bavière, souffrait du même genre de déséquilibre qu’Elisabeth, et il a tout aussi mal fini. Comme le fils de l’impératrice et héritier du trône, Rodolphe, qui s’est suicidé avec sa maîtresse à Mayerling.

C’est clair que le mythe de Sissi en prend un sacré coup quand on se penche sur sa vraie vie. On a parfois du mal à la trouver attachante, tant le personnage semble distant, inaccessible et torturé. Égoïste aussi dans son désespoir. Mais les drames qui ont marqué l’existence d’Elisabeth, comme la mort en bas âge de la petite Sophie, sa première fille, ou celle, plus tragique encore, de son fils Rodolphe à l’âge adulte, nous la rendent quand même plus sympathique.

D’ailleurs, le mythe ne s’est construit autour du personnage de Sissi qu’après sa mort. C’est tout juste si on ne l’a pas canonisée, à force. En tout cas, l’image que l’on a d’elle dans l’inconscient collectif est à des années lumières de la femme brisée, toujours en vadrouille, fuyant son mari, ses responsabilités, obsédée par son physique, jusqu’à l’anorexie mentale. De son vivant, à partir du moment où elle a grosso modo fait ce qu’elle a voulu et fui Vienne, plus personne ne la calculait. Elle pouvait se balader en Europe avec une escorte minime, et passer incognito.

Jusqu’à ce jour fatal de septembre 1898 où un anarchiste italien en manque de célébrité lui a planté un poinçon en plein cœur, mettant fin à 60 ans d’une vie de souffrances existentielles, de drames personnels et de folie. Je me demande dans quelle mesure Elisabeth ne s’est pas sentie soulagée de partir.  Car les témoignages sont tous d’accord : elle allait au devant de la mort plus souvent qu’à son tour. Quand elle ne se livrait pas aux cabrioles les plus dingues sur le dos de ses chevaux, elle se faisait attacher au mât de son bateau privé pendant les grosses tempêtes en Méditerranée et quand le reste de l’équipage tremblait de peur et priait dans la cale, elle riait. Folle, je te dis.

Même en ayant lu sur elle et en ayant visité son Musée (très fourni et informatif), j’ai encore du mal à me faire une idée de qui était vraiment Sissi. Je n’arrive pas tout à fait à me débarrasser de l’image de la jeune Romy sous sa perruque. Faut dire, avec toutes les rediff que je me suis tapées depuis la petite enfance, c’est difficile. Et puis la Elisabeth que j’ai découverte plus tard est si évasive, si fuyante que ça n’aide pas. Bon, tu me diras, elle était déjà comme ça de son vivant.

Elle a pourtant laissé de nombreux témoignages directs, qui complètent tous ceux des gens qui l’ont côtoyée. En effet, depuis son plus jeune âge, Sissi peignait et écrivait. Des poèmes, surtout. Il y est fait allusion dans Sissi impératrice. Dans un de ses poèmes écrit à l’âge mûr, elle se compare à une mouette solitaire qui ne se pose nulle part ; à l’époque elle voyageait tout le temps, errant comme une âme en peine… ce qu’elle était sans doute.

Je me surprends parfois à imaginer une rencontre entre Sissi et Freud, qui s’était installé à Vienne quelques années seulement après le mariage d’Elisabeth et François Joseph.

Nul doute que le psychanalyste et la Mouette auraient eu un tas de choses fascinantes à se raconter.

Mon portrait préféré de l’impératrice (sais pas pourquoi).

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5 Réponses to “Retour de Vienne : mais qui était Sissi ?”

  1. Laetitia 28 septembre 2016 à 13 h 40 min #

    Elle souffrait de dépression. Depuis quand les dépressifs sont des « tarés » comme vous dites???

    • L'Orpailleuse de Paname 28 septembre 2016 à 16 h 06 min #

      La famille de Sissi, les Wittelsbach, était connue dès le Moyen Âge pour compter nombre de membres fragiles psychiquement. Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI et reine de France, montrait des signes de déséquilibre mental, même si sur ce point son mari surpassait tous ses contemporains…
      Sissi, tout comme son cousin Louis II de Bavière, était non seulement dépressive, sujette à ce que l’on appelait la mélancolie (ou neurasthénie), mais montrait aussi des signes évidents de ce que l’on nommerait aujourd’hui un trouble bipolaire, reconnu comme un diagnostic psychiatrique depuis le DSM-III (1980).
      Concernant l’emploi du terme ‘taré’ dans mon article, au cas où cela vous aurait échappé, le ton se voulait outrageux et drôle, sans pour autant cacher mon admiration (voire ma fascination) pour le personnage d’Elisabeth d’Autriche.
      Alors on se détend…

  2. Back 2 janvier 2017 à 1 h 05 min #

    Votre blog c’est de la merde !! Et vous racontez n’importe quoi sur SISSI L’impératrice !! Alors allez vendre des frites c’est mieux pour vous !!

    • L'Orpailleuse de Paname 2 janvier 2017 à 20 h 02 min #

      Merci de votre suggestion. Je ne suis pas sûre de la viabilité d’une énième baraque à frites en ces temps de crise, en revanche…
      Pour ce qui est de Sissi, tout ce que j’avance dans ce post est corroboré par les sources historiques, ne vous en déplaise.

Trackbacks/Pingbacks

  1. Je suis Elisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach dite Sissi | ღ♥ღ Les Arts ღ♥ღ - 28 janvier 2015

    […] J’avais un défaut physique : une dentition en très mauvais état, ce qui fait que je gardais souvent, la bouche fermée, à fortiori lorsque je me  faisais photographier. Le musée de la Hofburg, à Vienne, conserve les instruments de torture que mon dentiste utilisait. […]

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