« The Artist » : faussement rétro, follement touchant

30 Oct

Cela faisait juste 6 mois que je trépignais, alléchée par les premières images parues au moment du Festival de Cannes. Quand le film est sorti, je n’ai pas pu aller le voir de suite, donc frustration énorme. J’avais toutefois pris soin d’éviter critiques et articles, même de lire un résumé de l’histoire. Parce que le danger avec l’anticipation, c’est que l’on risque d’être déçu au final.

Eh bé là, pas du tout! Je suis donc allée voir « The Artist », alors que je n’aime pas Jean Dujardin (il m’énerve, c’est comme ça), que je fuis ses films, même ceux dont on dit qu’ils sont super (la série des OSS 117). Mais là, y’avait pas moyen de faire l’impasse. Parce que :

– le film se déroule dans les années 1920-1930 et que j’ai une passion pour les années rétro. Tout me séduit: la mode, la musique, le design, l’Histoire…

– l’action se déroule dans le Los Angeles de la naissance du cinéma, la base pour tout cinéphile.

– c’est un hommage au cinéma muet, avec cette pointe de nostalgie pour les choses disparues que l’on percevait déjà dans la bande-annonce.

– j’ai senti que ce serait une ode à l’Artiste, celui avec un grand « A », celui qui nous fait rêver ou réfléchir, qui peut prendre toutes les formes, qui est capable de toutes les merveilles et de tous les excès. De tous les sacrifices aussi…

– la musique de l’époque, revisitée avec beaucoup de talent et de respect, me renvoie aux années Swing et au Jazz que j’adore. Je regarde la bande-annonce et j’entends, en superposition, Ella et Billie, Louis et Sidney… Tous les plus grands, quoi!

– fatalement, Jean Dujardin ne parle pas, et du coup il y avait des chances que je le supporte.

Et bien, laisse-moi te dire: ce mec a un talent fou! Il n’a pas volé son prix d’interprétation. Bien sûr, il en fait des tonnes comme à son habitude, mais là les grimaces exagérées, les gestes grandiloquents servent le personnage et l’histoire. Son personnage, George Valentin, acteur du cinéma muet qui ne parvient pas à s’adapter au changement (l’irruption du cinéma parlant) et s’enfonce dans une spirale d’orgueil, de solitude et d’alcool, m’a touchée en plein coeur. J’ai vibré pour lui pendant 1h40. J’ai trouvé Dujardin incroyablement juste, respectueux du personnage et de ses conflits intérieurs, proche de lui, hyper crédible. Il danse très bien et l’on devine sans peine les heures d’entraînement, le travail que cela a dû représenter. Dujardin laisse exploser son talent comique sans tomber dans la facilité d’un ‘Brice de Nice’, qui me rendait chèvre. Ici, il est simplement renversant de génie.

A ses côtés, Bérénice Bejo est solaire. Elle illumine la pellicule en campant Peppy Miller, jeune femme ambitieuse et pleine de ressources mais qui ne perd jamais de vue l’essentiel. Elle a du peps (d’où le choix du nom pour ce personnage, sans doute?), elle a du chien. Elle vibre d’énergie, et l’alchimie entre les 2 acteurs crève l’écran.

Et n’oublions pas Uggy, le toutou! Celui-là, il est terrible! Une sorte de Milou ultra-futé, il m’a fait délirer durant tout le film. Avec Dujardin, ils forment un duo comique très efficace, qui allège le fond sérieux et parfois dur de l’histoire.

Car « The Artist » est un film triste, une vraie comédie dramatique. On n’y va pas que pour rigoler et on le sait. Mais le propos ne tombe jamais dans le mélo facile; ce ne serait pas digne de l’histoire et de l’implication de l’équipe (en particulier les seconds rôles tenus par des acteurs américains, tous impeccables). C’est une histoire faussement rétro: une partie du discours est follement moderne, féministe même. C’est un hommage tout en nuances à des années perdues, à des talents aujourd’hui ignorés du grand public, alors qu’ils ont fait rêver nos arrière grands-parents. C’est aussi un hommage des gens du cinéma au cinéma, à ce qui les fait vivre et vibrer. Une déclaration d’amour à tous ceux, passés et présents, qui aiment le 7e art et le font avancer, en prenant des risques et en y mettant bien souvent toutes leurs tripes (et toutes leurs billes).

Le film est aussi, à mon sens, l’occasion de réfléchir à ce que l’évolution technologique signifie pour un artiste. Doit-il s’adapter à tout prix? Un talent peut-il être passé de mode? Après tout, la photographie n’a pas signé la fin de la peinture, ou le cinéma celle du théâtre…

Comment un artiste qui refuse de s’adapter, à l’instar de George Valentin, peut-il aller à la rencontre de son public? Adulé un jour, oublié le lendemain pour laisser la place à « de la chair fraîche », comme le lui assène fort justement son producteur au début du film (John Goodman, parfait). Car le film s’en prend aussi, de façon pas toujours subtile, à l’autre force en présence dans les studios: les producteurs. Ces investisseurs qui voient le chiffre (c’est un peu normal, je suis d’accord) et qui prennent parfois des décisions lourdes de conséquences pour les artistes.

Pour finir, le film est un bijou visuel. Le Noir et Blanc ne fait pas tout. Les prises de vue, les perpectives lui donnent une dimension particulière. Certaines scènes d’anthologie restent gravées en mémoire : Valentin sombrant dans les sables mouvants au moment de sa chute et du Krach de 1929, l’autodafé de bobines, Peppy qui conduit comme une malade dans les rues de Los Angeles (j’avoue, j’ai un peu transpiré sur cette séquence), et la scène ahurissante du rêve où Dujardin est privé de voix dans un monde où tous les sons sont magnifiés.

Bref, voici ma réaction à chaud. Je n’ai lu aucune critique de ce film, je voulais garder l’émotion intacte. Et de ce côté, j’ai été servie. Passer du rire aux larmes en l’espace d’une scène, et ce à plusieurs reprises, c’est rare. C’est un magnifique cadeau que nous fait l’équipe de ce beau film: éprouver des émotions vraies et pures, loin des explosions de gratte-ciels, des robots aliens ou des manipulations génétiques, des tueurs en série ou des vengeurs masqués.

Du grand cinéma, amoureux de sa propre histoire, qui continue de faire rêver. Tu sais qu’un film est bon quand, à peine sortie, tu as envie de :

– t’étaler dessus dans ce billet…

– filer visiter le vieux Los Angeles des studios d’antan (avant qu’il ne disparaisse?)

– appeler ta Mamie chérie parce que, décidément, il faut que tu retournes le voir avec elle

PS: Si le film part aux Oscars, je sors le champagne!

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